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2. L’opposition à Nostra Aetate, § 4
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  (1) L’opposition de Mgr Carli, évêque de Segni

 

Si l'on veut se faire une idée du caractère inexorable de ce qu'un spécialiste a si jus­tement appelé «l'antisémitisme chrétien du ressenti­ment» [1], rien ne vaut un retour en ar­rière sur les débats, très médiatisés, qui ont entouré la pré­paration, puis le vote définitif du texte sur les juifs, au Concile Vatican II. Un théolo­gien catholique en a donné un compte rendu succinct dans un ouvrage instruc­tif [2]. Pour situer le climat, évoquons, d'entrée de jeu, les pro­pos extrémistes de Mgr Carli, évêque de Segni, quelques mois avant la pro­mul­gation définitive de la partie de la Déclaration conci­liaire Nostra Aetate (§ 4), qui traite du peuple juif. Ils visaient un passage contesté de ce docu­ment – qui ve­nait d'être soumis au vote des Pères –, où il était ques­tion de l'accu­sation de déicide, et dont je rap­pelle, ci-après, la teneur :

 

«Ce qui a été commis durant la Passion du Christ ne peut être im­puté ni indistinctement à tous les juifs vivant alors, ni aux juifs de notre temps… Les juifs ne doivent pas être présentés comme ré­prou­vés par Dieu ni maudits, comme si cela découlait de la Sainte Écriture.»

 

À quoi le prélat contestataire objectait [3] :

 

«Le peuple juif du temps de Jésus, entendu au sens religieux, c'est-à-dire comme collectivité professant la religion de Moïse, fut responsable solidairement du crime de déicide. La Sainte écriture lé­gitime la dénomination qu'on a coutume de donner au judaïsme – entendu comme religion – de réprouvé par Dieu… Le fait que saint Paul considère encore Israël comme aimé de Dieu (du moins jusqu'à son temps!) n'annule pas la justice ou l'authenticité de la colère de Dieu. Les juifs peuvent-ils être appelés maudits de Dieu? Il ne s'agit pas d'une malédiction formelle… On veut seu­lement manifester (ici) une malédiction objective, c'est-à-dire une situation concrète sur la­quelle Dieu exprime son jugement de condamnation et à laquelle une peine est concrètement liée. Une telle situation a été librement accep­tée par Israël. Tant que dure cette libre acceptation, l'état de malédic­tion objective subsiste avec toutes ses conséquences.» 

 

Pour l'objectivité, il convient de préciser que le car­di­nal Béa, responsable du schéma de Iudeis, réfuta énergi­quement les thèses du prélat italien [4].

 

Point n'est besoin d'être un expert en exégèse des textes pour saisir sur le vif la méthode de l'auteur. Elle consiste à présenter comme un refus volontaire et malin­tentionné ce qu'on appelle aujourd'hui «une in­croyance incoercible», c'est-à-dire l'impossibilité qu'éprouve, en conscience, un individu sincère, d'ac­corder foi à une doc­trine dont il ne partage pas les pré­supposés.

 

(2) L’opposition conservatrice et intégriste

 

Mais Mgr Carli n'a pas inventé l'argument, dont la car­rière est multiséculaire. Pas plus d'ailleurs qu'il n'a l'apa­nage de la fronde contre le texte sur les juifs. Dans son ouvrage précité, Laurentin rappelle que, dès 1963, trois patriarches orientaux demandèrent le retrait pur et simple du texte. Ils redoutaient, en effet, qu'il soit ex­ploité par «la propagande sioniste», et que des chré­tiens favorables aux juifs ne le considèrent comme une légitimation implicite de l'État d'Israël.

 

Signalons qu’une autre opposition – antisémite, celle-là – se manifestait par le truchement de pamphlets haineux et diffamatoires, qui furent alors distribués aux Pères conci­liaires. Laurentin cite partiellement le contenu de l'un d'entre eux, intitulé Les Hébreux et le Concile.

 

Sous le pseudonyme de Bernardus, l'auteur anonyme défendait les thèses suivantes :

 

«Les juifs sont un peuple déicide, maudit et nuisible, contre lequel l'Église doit se dé­fendre, aujourd'hui comme par le passé».

 

À l'appui de ses dires, il dressait une liste im­pressionnante de nom­breux docu­ments romains du passé témoignant élo­quemment de la rigueur des me­sures coercitives et humiliantes prises par l'Église à l'égard des juifs, ce qui, selon lui, prouvait la cohé­rence d'une tradition normative ecclésiale de dé­fiance vis-à-vis de la juive­rie [5].

 

À l'évidence, «un des soucis de Bernardus, par­tagé par un petit groupe matériel­le­ment attaché à la continuité des actes du Saint-Siège, c'était que le schéma proposé au Concile ne désavoue pas un tel passé.» [6]

 


 

[1] Fadiey Lovsky, Antisémitisme et mystère d'Israël, Albin Michel, Paris, 1955, voir surtout pp. 301-348. Ci-après : Lovsky, Mystère d'Israël.

[2] René Laurentin, L'Église et les Juifs à Vatican II, Casterman, Paris 1967. Ci-après : Laurentin, Juifs.

[3] Texte publié, en février 1965, par la Palestra del Clero, la grande revue du clergé italien, et traduite partiellement en français dans Laurentin, Juifs, pp. 110-111.C’est nous qui soulignons.

[4] Cardinal Béa, “Il popolo ebraico nel piano divino” (le peuple juif dans le plan divin), article paru dans Civiltà Cattolica, IV, Rome, 1965. Voir aussi Augustin Cardinal Béa, L’Église et le peuple juif, Cerf, Paris, 1967.

[5] On peut lire, non sans malaise, les quelques exemples affligeants de cette littérature, dans l'ouvrage cité : Laurentin, Juifs, pp. 16-20.

[6] Ibid., p. 20.

 

 

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 Mis en ligne le 03 décembre 2005

 

 

 

Relations Juifs chrétiens, Relations judéo-chrétiennes, Judéo-chrétiens, Dialogue Juifs chrétiens, Dialogue judéo-chrétien, chrétiens-et-juifs



03-12-2005 | Commentaires (0) | Public
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