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Nouveau Testament et rétablissement du Royaume d'Israël
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Selon la tradition juive, l'un des signes majeurs de l'avènement des temps messianiques - on peut même dire son couronnement humain et historique - devait être le rassemblement des tribus et le rétablissement du royaume d’Israël. Le Messie davidique était, précisément, celui qui se proclamerait, ou serait proclamé, roi sur son peuple, après avoir prouvé, par ses actes, qu'il était bien l'oint de L’Eternel. Au nombre des preuves formelles requises du prétendant messianique et des actes essentiels qu’il devait accomplir, figurait la libération d’Israël du joug des nations païennes (Goyim).

 

Il n'est pas rare d'entendre des Chrétiens flétrir cette attitude dite "charnelle", voire "nationaliste", des Juifs. On trouve même, à ce sujet, des notes dans les traductions modernes des bibles chrétiennes, dont le moins qu'on puisse en dire est qu'elles témoignent d'une méconnaissance radicale de la perception de la notion de "Royaume d'Israël", qui est celle d’un Juif croyant convaincu.

 

Rien à voir avec quelque orgueil exacerbé que ce soit, ni même avec un désir légitime de liberté, de paix, pour pouvoir se consacrer totalement à l’accomplissement de ses coutumes et à la pratique de sa foi. Non, il est clair, dans les Ecritures, que le rétablissement de la royauté en Israël coïncide avec la fin de la royauté des nations. L’un des rôles d’Israël consiste à imposer - par la force, s'il le faut - le joug royal de L’Eternel Lui-même sur toutes les nations.

Qu'on ne s'y trompe pas : ces combats eschatologiques n’ont d’autre enjeu que la lutte décisive pour la domination du monde, sinon, on ne s'expliquerait pas les prophéties d’un assaut final de toutes les nations contre ce minuscule royaume et sa modeste capitale. L'Apocalypse, d'ailleurs, ne s'y est pas trompée, qui nous décrit la Bête comme symbolisant le royaume des forces du mal : elle reçoit du Dragon (c'est-à-dire le Diable) "sa puissance et son trône, avec un empire immense (70)." (Ap 13, 2).

A l'adoration universelle qu’exige la Bête, par le ministère de son pro­phète, s'oppose la communauté des élus réfugiés au Mont Sion, qui n'adorent que Dieu seul (71) et qui refusent de se prosterner aux pieds de Satan et de porter sa marque. (Ap 13, 15ss).

L'issue de ce combat ne fait pas de doute pour le fidèle, mais le prix à payer est lourd et, pendant une assez longue période (72), la Bête domine et semble l'emporter :

"On lui donna de mener campagne contre les Saints et de les vaincre; on lui donna pouvoir sur toute race, peuple, langue ou nation" (Ap 13, 7) (73).

Jusqu'à la confrontation finale des forces du mal avec le Seigneur, qui intervient enfin en faveur de ses fidèles :

Ap 19ss : "Je vis alors la Bête, avec les rois de la terre et leurs armées rassemblés pour engager le combat contre le Cavalier et son armée. Mais la Bête fut capturée avec le faux prophète…  On les jeta tous deux, vivants, dans l'étang de feu, de soufre embrasé. Tout le reste fut exterminé par l'épée du Cavalier, qui sort de sa bouche, et les oiseaux se repurent de leurs chairs."

Voilà donc ce qui était sous-jacent à l'idéal juif d'une royauté d'Israël. Nous allons voir que Jésus se plaçait dans la même perspective et que, s'il évita toujours, durant sa vie, de se laisser proclamer roi, c'est que le temps de cette royauté eschatologique triomphante n'était pas encore venu historiquement ; mais, en fait, selon notre perspective "génétique", la geste humano-divine qu'a accomplie Jésus constituait déjà, en germe, le combat décisif des forces du Bien contre celles du Mal, la seule victime, alors, étant Jésus, qui est le type de cette communauté finale, laquelle connaîtra le même sort, avant l'intervention finale et salva­trice de Dieu. Tout ceci est attesté par ces passages du quatrième Evangile :

Jn 12, 31 : "C'est maintenant le jugement de ce monde; maintenant le prince de ce monde va être jeté bas, et moi, élevé de terre, j'attirerai tout à moi."

Jn 16, 33 : "Je vous ai dit ces choses pour qu'en moi, vous ayez la paix. Dans le monde, vous aurez à souffrir, mais gardez courage ! J'ai vaincu le monde."

Les Chrétiens pourraient donc penser (et beaucoup, de fait, se comportent comme si telle était leur conviction) : C'est fait, Jésus a remporté la vraie victoire contre les forces du Mal ! Bien sûr, actuellement, nous ne voyons pas encore tous les fruits de cette victoire, mais elle est assurée. Il n'est donc que d'attendre la Parousie (74) et rester fidèles en attendant. Pourquoi scruter ces événements mystérieux et chercher à comprendre comment et quand ils se produiront ?

Ce langage est, certes, fort séduisant et semble marqué au coin du bon sens; pourtant, nous verrons qu'une telle attitude - qui peut être qualifiée de "quiétiste" (75) - fait fi de l'incarnation des desseins de Dieu sur l'humanité et de ses interventions dans le cours de l'histoire de son Peuple et de celle de toute l'humanité.

Considérons ce que dit l'auteur de la lettre aux Hébreux, à propos de la "soumission de toutes choses", que doit effectuer le Christ :

He 2, 5ss : "En effet ce n'est pas à des anges qu'il a soumis le monde à venir dont nous parlons. Quelqu'un a fait quelque part cette attestation (76) : 'Qu'est-ce que l'homme pour que tu te souviennes de lui, ou le Fils de l'Homme, que tu le prennes en considération. Tu l'as un moment abaissé au-dessous des anges. Tu l'as couronné de gloire et d'honneurs. Tu as tout mis sous ses pieds'. Par le fait qu'il lui a tout soumis, il n'a rien laissé qui lui demeure insoumis. Actuellement, il est vrai, nous ne voyons pas encore que tout lui soit soumis."

Cette dernière phrase nous introduit dans la dimension historique de l’accomplissement plénier de ce mystère (77), comme confirmé dans l'Epître aux Corinthiens :

1 Co 15, 24ss : "Puis ce sera la fin, quand il remettra la royauté à Dieu le Père, après avoir détruit toute principauté, domination et puissance, car il faut qu'il règne jusqu'à ce qu'il ait placé tous ses ennemis sous ses pieds (78)... Et, quand toutes choses lui auront été soumises, alors le Fils Lui-même se soumettra à Celui qui lui a tout soumis, afin que Dieu soit tout en tous."

Ce règne de Jésus n'est pas encore acquis (79), comme ne l'était pas non plus celui de David après qu'il eut reçu l'onction de Samuel, et pourtant, nous allons voir que, tant au cours de sa vie qu'après sa résurrection, Jésus atteste que le royaume d’Israël sera rétabli, semblant indiquer par là que sa royauté à lui s'exercera dans le cadre d'un Royaume d'Israël reconstitué. Ce qui est d'ailleurs conforme à la tradition biblique rapportée en Si 48, 10, à propos d'Elie :

"Toi qui fus désigné dans des menaces futures pour apaiser la colère avant qu'elle n'éclate, pour ramener le coeur des pères vers les fils et rétablir les tribus de Jacob."        

 

A quoi fait écho la promesse de Jésus à ses Apôtres :

Mt 19, 28 : "Jésus leur dit : "En vérité, je Vous le dis, à vous qui m'avez suivi, dans la régénération (80), quand le Fils de l'Horme siégera sur son trône de gloire, vous siégerez aussi, sur douze trônes, pour juger les douze tribus d'Israël."

Placer ces événements au ciel, comme l'entend, plus ou moins consciemment, la chrétienté, est contraire au sens profond et évident des Ecritures, tant dans l'Ancien que dans le Nouveau Testament.

Dans l’Apocalypse, le règne décrit est, sans conteste, sur la terre :

Ap 11,15 : "Alors, au ciel, des voix clamèrent : 'la royauté du monde est acquise à Notre Seigneur ainsi qu'à son oint : il régnera dans les siècles des siècles !'"

 

Et si ce n’est pas suffisant, que l’on relise :

 

Ap 20, 1 à 6: "Puis je vis un ange descendre du Ciel, tenant à la main la clef de l'abîme, ainsi qu'une énorme chaîne. Il maîtrisa le Dragon, l'antique Serpent - c'est le Diable, Satan - et l'enchaîna pour mille années. Il le jeta dans l'abîme, tira sur lui les verrous, apposa des scellés afin qu'il cessât de fourvoyer les nations jusqu'à l'achèvement des mille années. Après quoi, il doit être relâché pour un peu de temps. Puis je vis des trônes sur lesquels ils s’assirent et on leur remit le jugement (81). Et aussi les âmes de ceux qui furent décapités pour le témoignage de Jésus et la Parole de Dieu et tous ceux qui refusèrent d'adorer la Bête et son image, de se faire marquer sur le front ou sur la main, ils reprirent vie et régnèrent avec le Christ mille années. C'est la première résurrection. Les autres morts ne purent reprendre vie avant l'achèvement de mille années. Heureux et saint celui qui participe à la première résurrection! La seconde mort n'a point de pouvoir sur eux, mais ils seront prêtres de Dieu et du Christ, avec qui ils régneront mille années."

La suite du texte (20, 7ss) prouve à l'évidence que ce règne de mille années n'a rien à voir avec la résurrection générale qui suivra la destruction du Ciel et de la Terre, remplacés alors par "un Ciel nouveau et une Terre nouvelle" (Ap 21)

Or, on verra que cette espérance juive d'un règne messianique de Dieu sur la terre a été complètement occultée, voire escamotée par une grande partie de tradition chrétienne – et ce jusqu’à ce jour (81). A cet effet, on citera ici le commentaire du chapitre 20 de l'Apocalypse, qui figure dans une bible (très répandue) en langue française, car son texte traduit assez bien la position des Chrétiens pour qui le Messie règne déjà et dont, selon eux, il n’est pas question d’attendre un règne sur la terre, car c’est là une croyance juive, qualifiée par certains théologiens de "millénarisme grossier ».

 

« Cette "résurrection" des martyrs (cf. Is 26,19; Ez. 37) est symbolique : c'est le renouveau de l'Eglise après la persécution de Rome; le "règne de mille ans" correspond donc à la phase terrestre du Royaume du Christ, depuis l'arrêt des persécutions (chute de Rome) jusqu'au Jugement Dernier (en 20, 11ss). Pour Saint Augustin et d'autres après lui, le "règne de mille ans" devrait être compté à partir de la Résurrection du Christ; la "première résurrection" désignerait alors le baptême", cf. Rm 6, 1-11; Jn 5, 25-28. Un important courant de la tradition primitive a interprété littéralement ce verset ; après une première résurrection réelle, celle des martyrs, le Christ reviendrait sur terre pour y régner mille années en compagnie de ses fidèles. Ce millénarisme littéral a été désapprouvé par l'Eglise. » (82).

On a là un bel exemple de rationalisme apologétique. On comprend, évidemment, l'intention sous-jacente : l'Eglise est le royaume millénariste, ce dernier terme étant pris au sens large d'une très longue période. Ces "prêtres de Dieu et du Christ" sont, évidemment, les évêques et les clergé. On a peine à croire qu'un tel contresens puisse encore avoir cours ; et au nom de quel discernement totalitaire peut-on décider que tel passage de l'Ecriture est symbolique et tel autre littéral ? Et qu'entend-on ici par "symbolique" ?... En clair, cela veut dire que ce qui est annoncé - la résurrection des martyrs - ne se place pas dans le temps que nous connais­sons, c'est un événement qui prend place après la fin du monde.

 

Nous allons voir, en nous appuyant uniquement sur l'Ecriture, que rien n'est plus faux et plus grave que cette dénégation de l’avènement sur terre de ce règne messianique annoncé par tous les prophètes.

Le chapitre 65 d’Isaïe nous décrit ce règne eschatologique en termes qui ne laissent aucun doute sur son assise terrestre dans le temps humain.

Is 65, 9, d'abord : "Et je ferai sortir de Jacob une race et de Juda un héritier de mes montagnes. Mes élus en hériteront, mes serviteurs les habiteront".

Is 65, 16ss, ensuite : "Quiconque voudra être béni sur la terre voudra être béni par le Dieu de vérité et quiconque prêtera serment sur terre prêtera serment par le Dieu de vérité... Car je vais créer des cieux nouveaux et une terre nou­velle... Car je vais créer Jérusalem 'joie', et son peuple, 'allégresse'..."

Is 65, 20ss, enfin, qui est l'apothéose : "Là, plus de nouveau-né qui ne vive que quelques jours, ni de vieillard qui n'accomplisse son temps. Mourir à cent ans, ce sera mourir jeune, et ne pas atteindre cent ans sera signe de malédiction. Ils bâtiront des maisons qu'ils habiteront, ils planteront des vignes dont ils mangeront les fruits... Le loup et l'agneau paîtront ensemble, le lion man­gera de la paille comme le boeuf et le serpent se nourrira de poussière. On ne fera plus de mal, ni de ravages, sur toute ma sainte montagne, dit L’ETERNEL."

Impossible, ici, de nier le contexte messianique et, pourtant, dans cette "terre nouvelle et sous ces cieux nouveaux", que les Chrétiens situent, en dehors du temps, après la résurrection finale, on mange, on boit, on bâtit et l'on meurt tout bonnement, même si c'est dans le bonheur et à un âge fort avancé!...

La seule manière d’éluder la difficulté que représente ce texte, gênant pour la perspective chrétienne évoquée, est d'en annuler la valeur inspirée en en attribuant la composition à un compilateur nationaliste juif qui a groupé ici, en faisceau, plusieurs textes messianiques pour les appliquer à la réalité concrète et historique, espérée par le peuple juif, son rétablissement en tant qu'Etat souverain et indépendant sur la terre dont l'ont chassé ses ennemis.

On comprendra qu'une telle "dissection" à vif de l'Ecriture, en fonction de critères rationnels - fussent-ils à visée apologétique - aboutit à faire de l’organisme vivant qu'est la Bible un cadavre livré en pâture à tous les exégètes rationalistes, qui n'y trouveront que ce qu'ils cherchent : une justification de leurs thèses anti-judaïques, anti-messianiques, au profit d'un règne de l'Eglise-Religion substituée à la Synagogue et au peuple juif, ainsi relégués au rang de fossiles de l’histoire, dont la seule issue est la conversion au christianisme.

 

Nous allons voir maintenant que cette espérance juive d’un royaume d’Israël enfin reconstitué n'est pas seulement le fait de Juifs qui n'ont pas reconnu Jésus, mais celui des Apôtres eux-mêmes, et que Jésus, loin de rejeter cette perspective, la confirme, au contraire, bien qu'en laissant la réalisation concrète dans le mystère d'un avenir non dévoilé.

Dans l'épisode dit des "Pèlerins d'Emmaüs" (Lc 24, 13-32), deux Apôtres, qui faisaient route vers Emmaüs, sont abordés par un Jésus ressuscité qu'ils ne reconnaissent pas. Ils sont découragés et le confient à cet inconnu qui les questionne. Ils ne comprennent pas que soit mort aussi misérablement celui en qui ils avaient cru reconnaître le Messie, sentiment que traduit cette exclamation douloureuse et déçue : "Nous espérions, nous, que c'était lui qui délivrerait Israël". C'est bien là l'espérance messianique par excellence : pas de royaume messianique sans la libération du peuple juif et du sol national, alors occupé par les Romains. Or, Jésus ne critique, ni ne réprouve cette attente, sa réaction de reproche concerne le manque de foi de ses Apôtres dans les Ecritures qui prédisaient les souffrances du Messie : "Ne fallait-il pas que le Christ endurât ces souffrances pour entrer dans sa gloire ?" (Lc 24, 25ss). En clair, cela veut dire que Jésus ne peut prendre possession de son royaume qu'en mourant. En effet, en Jésus, c'est Dieu qui vient régner; or, il ne peut régner que quand il est devenu entièrement divin, c'est-à-dire par la résurrection de son corps, comme le laisse entendre ce passage de Luc, où Jésus confond les Sadducéens qui ne croient pas à la résurrection des corps; il caractérise ainsi les ressuscités : "...Car ils sont pareils aux anges et ils sont fils de Dieu, étant fils de la résurrection" (Lc 20, 34ss). Or, ressusciter, c'est participer à la royauté du premier des ressuscités, Jésus :

"Mais non, le Christ est ressuscité des morts, prémices de ceux qui se sont endormis... De même, en effet, que tous meurent en Adam, tous aussi revivront dans le Christ. Mais chacun à son rang : en tête, le Christ, comme prémices, ensuite, ceux qui seront au Christ lors de son avènement." (1 Co 15, 20ss).

Passage qui correspond à la vision de la première résurrection en Ap 20, 4ss : "...Ils reprirent vie et régnèrent avec le Christ mille années".

 

D'autre part, dans le Nouveau Testament, il n'est nulle part question d'une royauté actuelle du croyant avec Jésus ressuscité. "Car notre Salut est objet d'espérance", atteste Paul (Rm 8, 24).

 

Quand Jésus affirme : "Le royaume est au milieu de vous", il veut dire que le royaume de Dieu a déjà commencé dans une dimension qui n'est pas de ce monde.

Quand Jésus fonde son Assemblée (83) sur Pierre, il ne lui dit pas : "Je te donne les clés du royaume des cieux", mais : "Je te donnerai les clés..." (Mt 16, 18) et tout le passage est au futur. (84)

En Rm 5, 17, Paul dit expressément :

"Si, en effet, par la faute d'un seul, la mort a régné du fait de ce seul homme, combien plus ceux qui reçoivent avec profusion la grâce et le don de la justification régneront-ils dans la vie par le seul Jésus-Christ".

C'est encore le sens d'un règne futur, dont l’accomplissement plénier est encore à venir, que nous trouvons dans ce passage de Paul :

"Car il faut qu'il règne, jusqu'à ce qu'il ait placé tous ses ennemis sous ses pieds". (1 Co. 15, 25).

De même, en Ap 11, 15 : "La royauté du monde est acquise à Notre Seigneur et à son Oint ; il régnera dans les siècles des siècles"

Et Ap 5, 10 et 22, 5 : "Tu as fait d'eux, pour notre Dieu, une royauté de prêtres, ils régneront sur la terre".       

Et Ap 20, 6 : "... La seconde mort n'a pas de pouvoir sur eux, mais ils seront prêtres de Dieu et du Christ avec qui ils régneront mille années."

Enfin, le fait que le royaume effectif de Dieu sur la terre aura bien lieu dans le futur pourrait être étayé par un nombre considérable de citations de l’Ancien Testament. On ne retiendra que les deux suivantes, du Nouveau Testament, qui décrivent le royaume enfin établi à la fin de l’histoire.

Ap 11, 17 : "Nous te rendons grâce, Seigneur (...) Parce que tu as pris en main ton immense puissance pour établir ton règne."

Ap 19, 6 : "...Alléluia ! Car il a pris possession de son règne, le Seigneur."

Nous en arrivons maintenant à l'argument – décisif, selon nous - qui étaie la thèse du rétablissement du royaume d'Israël comme condition, support même et instrument actif du Royaume de Dieu, aux temps Messianiques. Voici le texte sur lequel nous nous appuyons :

Ac 1, 6ss (après la résurrection de Jésus et avant son Ascension, les disciples le questionnent) : "Seigneur, est-ce en ce temps-ci que tu vas restituer (85) la royauté à Israël ?..."

 

Si vraiment la question était saugrenue, scandaleuse (c'est l'optique chrétienne majoritaire jusqu’à ce jour, comme expliqué plus haut), s'il s'avérait que, décidément, même après la résurrection de Jésus, cette réaction "nationaliste" était intolérable, pourquoi Jésus n'a-t-il pas réagi énergiquement, comme il n’avait pas hésité à le faire avec Pierre, lorsque ce dernier voulait le dissuader de se laisser mettre à mort ? "Arrière de moi, Satan" fut la réponse impitoyable à celui qui se vit alors reprocher de n'avoir "que les pensées des hommes et non celle de Dieu".

 

Or, ici, rien de tel; on a nettement l'impression que, non seulement Jésus ne trouve rien à redire à cette requête traditionnelle de ses disciples, mais qu'au contraire, il en attend lui-même, de son Père, l'accomplissement.

Ac 1, 7 : "II leur répondit : 'II ne vous appartient pas de connaître les temps et les moments que le Père a fixés de sa seule autorité.'"

On peut donc conclure que, tout en se considérant comme le Messie, Jésus attend, pour l'avenir, la restitution du Royaume d'Israël, et ce en accord avec tous les prophètes; cette tradition culmine d'ailleurs dans l'attente d'Elie, le Précurseur, qui "rétablira les tribus de Jacob" (Si 48, 10), et elle s'exprime avec particuliè­rement de bonheur dans un texte de l'Ecclésiastique qui confirme que cette royauté s'établira contre le gré des nations; c'est un florilège de l'espérance messianique juive :

 

Si 36, 1 à 17 : "Aie pitié de nous, Maître, Dieu du monde, et regarde. Répands ta crainte sur toutes les nations. Lève la main contre les nations étrangères et qu'elles voient ta puissance. Comme, à leurs yeux, tu t'es montré saint contre nous (86), de même, à nos yeux, montre-toi grand contre eux. Qu'elles te connaissent, tout comme nous avons connu qu'il n'y a pas d'autre Dieu que toi, Seigneur. Renouvelle les prodiges et fais d'autres miracles, glorifie ta main et ton bras droit. Réveille ta fureur, déverse ta colère, détruis l'adversaire, anéantis l'ennemi. Hâte le temps, souviens-toi du serment, que l'on célèbre tes hauts faits. Qu'un feu vengeur dévore les survivants, que les oppresseurs de ton peuple soient voués à la ruine. Brise la tête des chefs étrangers qui disent : 'II n'y a que nous' (87). Rassemble toutes les tribus de Jacob, rends-leur leur héritage comme au commencement. Aie pitié, Seigneur, du peuple appelé de ton nom, d'Israël, dont tu as fait un premier-né. Aie compassion de ta ville sainte, de Jérusalem, le lieu de ton repos. Remplis Sion de ta louange et ton sanctuaire de ta gloire. Rends témoignage à tes premières créatures (88), accomplis les promesses faites en ton nom. Donne satisfaction à ceux qui espèrent en toi, que tes prophètes soient trouvés véridiques. Exauce, Seigneur, la prière de tes serviteurs, selon la bénédiction d'Aaron sur ton peuple. Et que tous, sur la terre, reconnaissent que tu es le Seigneur, le Dieu éternel."

 

 

Notes

 

70. Cette faculté qu'a le Diable de remettre sa puissance à un autre est attestée en Lc 4, 5-7 : "L’emmenant alors plus haut, le Diable lui fit voir en un instant, tous les royaumes de l'univers et lui dit : "Je te donnerai toute cette puissance et la gloire de ces royaumes, car elle m'a été remise et je la donne à qui je veux. Si, donc, tu te prosternes devant moi, elle t'appartiendra toute entière."

71. Il est symptomatique qu'en Dn 12, lss, l'Archange, qui est dit "se tenir auprès
des enfants de ton Peuple"
et qui "se lèvera en ce temps-là" est l'ange préposé au
peuple juif selon la tradition. Or, son nom est Michel, en hébreu "mikhaël", ce qui
signifie : "qui (est) comme Dieu".

72. Sur la durée de cette"éclipse de Dieu" qui fera croire que le mal a définitivement triomphé, voir aussi Dn 8, 13-14; 9, 24 à 27; 11, 32 à 36 et, surtout, l'avertissement solennel de Jésus : "Si ces jours n'avaient été abrégés, nul n'aurait la vie sauve..."(Mt 24, 21ss). 

73. Voir aussi Dn 7, 23ss.

74."PAROUSIE" ou "manifestation en personne"(du Christ Jésus)

75. Le QUIETISME est une "doctrine mystique qui, s'appuyant sur les oeuvres du prêtre
espagnol Molinos, fait consister la perfection chrétienne dans l'amour de Dieu et
l'inaction "de l'âme". (Larousse)

76. Ps 8, 5-7.

77. Nous entendons par là que cette "soumission de toutes choses" n'est pas accomplie seulement par la conversion chrétienne des nations, mais par la conversion réelle du cœur, qui devrait accompagner les progrès de la civilisation pour amener le monde entier à l'unité dans l'Amour de Dieu et du Prochain, démenti - hélas - dans les faits par le progrès opposé du Mal, de la Haine et de la Dissension entre les hommes, qui est l'oeuvre du Mauvais, comme l'atteste la parabole du Bon Grain et de l'ivraie (Mt 13, 24ss).
78. cf. p.

79. [?]

80. REGENERATION traduit ici le terme grec : PALINGENESIA, c'est-à-dire re-naissance, ce qui ne veut pas dire résurrection, mais"retour au début".

81. A noter que, sur toutes ces questions eschatologiques et messianiques, l'Eglise n'a jamais pris position par une décision de son magistère suprême, ce qui laisse toute liberté à la recherche, mais ne justifie ni les fantaisies littéralistes, ni le rationalisme apologétique, allant jusqu'à altérer la Parole même de Dieu.

82 . Note b) du v.4 du ch.20 de l'Apoc. dans la BJ édit.1965, note b) dans l'éd. de 1975. [à vérifier]

83. On traduit ici "assemblée", qui est certainement le mot employé par Jésus et qui traduit l'hébreu "QAHAL, plutôt que par EGLISE qui a désormais une connotation confessionnelle.

84. Ce qui n'empêche pas d'utiliser ce passage pour fonder le rôle normatif de la Hiérarchie ecclésiale et son Magistère. A condition, toutefois, de ne pas considérer qu'en cela 's'épuise' le sens plénier de cette promesse de Jésus. De fait, elle recèle le germe d'un accomplissement, en plénitude, aux temps eschatologiques, lors de l'Avènement en gloire du Royaume. (Voir tous les autres passages du présent écrit où j'ai traité de ces choses).

85."RESTITUER" traduit le terme grec APOKATHISTANAI, qui correspond à la notion théologique d'APOKATASTASIS, voir à ce sujet p. (A noter que la traduction habituelle : "RESTAURER la royauté EN Israël" n'est pas fidèle au datif grec, qui signifie : "à Israël". On ne "restaure" pas quelque chose "à quelqu'un", on le lui RESTITUE. L'Apocatastase n'est donc pas une "restauration" au sens d'une situation détériorée que l'on réparerait, mais un véritable rétablissement, un retour à l'origine. Ce qui avait été enlevé est restitué. Celle qui avait été répudiée est à nouveau aimée. Celui qui était mort est revenu à la vie. (cf. Le Fils Prodigue Lc 15, 24 et cf. Paul en Rm 11, 15)

86. En nous exilant et en faisant de nous une malédiction.

87. Voir l'imprécation d'Isaïe sur Babylone en Is 47, 6ss : "J'étais irrité contre mon peuple, j'avais profané mon héritage. Je l'avais livré entre tes mains, mais tu t'es montrée sans pitié (...) Tu te disais : "Pour toujours, je serai souveraine" (...) Maintenant, écoute donc, voluptueuse, toi qui sièges en sécurité et qui te dis, en ton coeur : "Moi et moi seule! Je ne serai jamais veuve, je ne perdrai pas mes enfants!" Ces deux malheurs vont fondre sur toi (...)".

88. Ce peuvent être les "Pères", les "Patriarches", qui ont reçu les "Promesses" cf. plus haut, p.

89. L'interprétation classique de la rivalité entre les deux royaumes est de la mettre en relation avec l'établissement territorial des différentes tribus, les dix au Nord et les deux (Juda et Benjamin) plus au Sud, dans les montagnes de Juda. Aucun doute que cette situation territoriale ait influé sur les conflits ultérieurs, mais elle n'en n'était pas forcément la cause. En tout cas, le sens symbolique de cette constante rivalité entre les deux familles ne peut pas être mis en doute. Voir plus haut, "LE THEME DE LA REUNION DES DEUX ROYAUMES", pp.

 

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22-10-2005 | Commentaires (0) | Public
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