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Le Royaume de Dieu : au ciel ou sur la terre?
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1. La foi chrétienne, on en conviendra, est davantage que l'observance, plus ou moins fidèle, des commandements et des coutumes d'une religion. À en croire l'Ecriture et surtout le Nouveau Testament, elle est tout entière orientée vers un événement eschatologique fulgurant : l'avènement du Royaume de Dieu en la personne de son Messie lui-même, escorté de Son Église, c'est-à-dire les Élus. On ne méditera jamais assez sur le caractère insolite de cette conception, dont le moins qu'on puisse en dire est qu'elle va radicalement à l'encontre de la saisie qu'a le genre humain, en général, de la gestion des affaires de ce monde. De fait, nous sommes tellement habitués à être gouvernés par des hommes que la perspective d'une administration divine concrète de l'humanité apparaît aux chrétiens eux-mêmes comme mythique (1).

2. Un rapide survol de l'Écriture montre que tel était bien, pourtant, le dessein initial de Dieu. L'Ancien Testament, d'abord, en témoigne de maintes manières. Il ne sera pas inutile de rappeler ici les passages scripturaires évoqués ailleurs. Lorsque le peuple demande à Samuel de lui donner un roi, Dieu enjoint à Samuel d'obtempérer, non sans formuler cette réserve étonnante : Satisfais à tout ce que te dit le peuple, car ce n'est pas toi qu'ils ont rejeté, c'est moi qu'ils ont rejeté, ne voulant plus que je règne sur eux. Le prophète Osée se fait l'écho de cette réprobation divine, lorsqu'il dit de la part de Dieu : Un roi, je te l'ai donné dans ma colère, et dans ma fureur je te le retire! Et Isaïe témoigne de cette nostalgie de la royauté divine en ces termes : Nous sommes, depuis longtemps, des gens sur qui tu ne règnes plus et qui ne portent plus ton nom. Ah! si tu déchirais les cieux et descendais, devant ta face les montagnes seraient ébranlées. (1 S 8, 7; Os 13, 11; Is 63, 19).

3. C'est sur cet arrière-plan eschatologique que le Baptiste d'abord, puis Jésus fondent leur prédication de la venue imminente du Royaume de Dieu. Pourtant - nous l'avons vu ailleurs -, les Évangiles nous donnent, de ce Royaume, des présentations contrastées, allant de l'apocalyptique (des violents s'en emparent) à l'intériorisation (le royaume est au dedans de vous). À l'évidence, c'est cette dernière conception, légitime au demeurant, qui s'est imposée dans l'Église. Malheureusement, ce fut au détriment de l'attente du Règne terrestre du Christ, surtout sous l'influence de saint Augustin qui, après avoir y avoir cru d'abord, sur la base de l'Apocalypse, interpréta ensuite ce Royaume sur la terre de manière spirituelle, lorsqu'il renia sa croyance à la doctrine millénariste. (Mt 11, 12; Lc 17, 21).

4. Pourtant, plusieurs textes patristiques vénérables témoignent de ce que telle n'était pas la foi des Apôtres, ni celle de l'Église des tout premiers siècles de notre ère. C'est le cas de Justin (IIe s.), qui écrit : « Pour moi et les chrétiens d'orthodoxie intégrale, tant qu'ils sont, nous savons qu'une résurrection de la chair adviendra, pendant mille ans, dans Jérusalem rebâtie et agrandie. Beaucoup, par contre, même chrétiens de doctrine pure et pieuse, ne le reconnaissent pas ». (Justin, Dialogue avec Tryphon, 80).

5. Pour Irénée (IIe s.), c'est la seule vraie doctrine : «Ainsi donc, certains se laissent induire en erreur par les discours hérétiques au point de méconnaître les 'économies' de Dieu et le mystère de la résurrection des justes et du royaume qui sera le prélude de l'incorruptibilité […] Aussi est-il nécessaire de déclarer à ce sujet que les justes doivent d'abord, dans ce monde rénové, après être ressuscités à la suite de l'Apparition du Seigneur, recevoir l'héritage promis par Dieu aux pères et y régner ; ensuite seulement aura lieu le jugement de tous les hommes. Il est juste, en effet, que, dans ce monde même où ils ont peiné et où ils ont été éprouvés de toutes les manières par la patience, ils recueillent le fruit de cette patience ; que, dans le monde où ils ont été mis à mort à cause de leur amour pour Dieu, ils retrouvent la vie ; que, dans le monde où ils ont enduré la servitude, ils règnent. » (Irénée de Lyon, Adv. Haer., V, 32, 1).

6. C'était d'ailleurs la conception de Jésus, comme en témoigne sa réponse à la question des apôtres : Étant donc réunis, ils l'interrogeaient ainsi : Seigneur, est-ce maintenant le temps où tu vas manifester (ou : 'restituer') le royaume à Israël ? Il leur répondit : Il ne vous appartient pas de connaître les temps et moments que le Père a fixés de sa seule autorité. (Ac 1, 6 ss.).

7. Cependant, sur la base de deux traductions possibles d'une phrase du Nouveau Testament (le Royaume est 'au-dedans de vous', ou : 'au milieu de vous', cf. Lc 17, 21), pour la quasi totalité des chrétiens d'aujourd'hui, le Royaume dont parle Jésus se résume uniquement à une pieuse union de l'âme du croyant avec le Christ, considéré comme « régnant dans nos cœurs », dès ici-bas, comme il règne déjà, là-haut, et comme nous régnerons avec Lui, « au ciel ».

8. Dans ce schéma piétiste et intimiste, l'eschatologie est évacuée. C'est dans l'Eglise et dans la vie des chrétiens individuels que réside, quasi substantiellement, le Royaume, déjà « mystérieusement présent » en attendant qu'il se manifeste dans la gloire du ciel, « à la fin du monde ». Ce que ne sauraient accepter les diverses mouvances chrétiennes qui croient à une instauration concrète du Royaume de Dieu sur la terre, durant une longue période (traditionnellement évaluée à mille ans), conformément à ce qui est dit dans l'Apocalypse. On qualifie généralement cette croyance de « pré-millénariste », et ceux qui la professent acceptent volontiers ce label, non sans nuancer leurs conceptions respectives de cette doctrine. (Ap 20, 6).

9. Précisons cependant que rien dans l'enseignement actuel de l'Église ne permet de penser qu'aux yeux de cette dernière, le règne mystérieux du Christ - déjà initié dans les âmes des croyants - serait, au sens strict, la forme définitive du Royaume de Dieu et qu'il ne faudrait pas en attendre une autre. La manière dont un texte du Concile Vatican II exprime ce mystère témoigne, semble-t-il, du contraire : « Mystérieusement, le royaume est déjà présent sur cette terre, il atteindra sa perfection quand le Seigneur reviendra. » (Gaudium et Spes, 39, § 3)

10. En tout état de cause, la foi au Christ et en son Règne ne constitue nullement une garantie d'appartenance à ce Royaume à venir, comme Jésus en avertit lui-même : « Beaucoup viendront du levant et du couchant prendre place au festin [eschatologique] avec Abraham, Isaac et Jacob dans le Royaume des Cieux, tandis que les fils du Royaume seront jetés dans les ténèbres extérieures: là seront les pleurs et les grincements de dents. » (Mt 8, 11-12).

11. S'il est vrai que le baptême fait, des chrétiens, des "fils du Royaume", cette participation à la royauté du Christ est tout sauf acquise, et elle n'a rien à voir avec un spiritualisme intimiste et confortable. Au contraire, les disciples du Christ savent que le Royaume de leur Maître ne provient pas de ce monde. L'Eglise catholique, quant à elle, utilise l'expression de « peuple de Dieu par qui ce royaume prend corps ». (Cf. Jn 18, 36; Lumen Gentium, 13).

12. Cette conception d'un Royaume « en devenir » rend bien la nature progressive de l'implication de Dieu dans l'histoire des hommes, par la médiation intérieure mystérieuse de ceux que, d'avance, Il a discernés : ceux qui L'aiment, qui gardent Sa Parole, et en qui Il a déjà fait Sa demeure. (Cf. Rm 8, 29; Jn 14, 23).

13. Initiée par le don de l'Esprit, la mainmise progressive de Dieu sur la Création se manifestera, de manière subite et triomphale, au temps connu de Dieu seul. Ce processus, à la fois historique et surnaturel, n'est, en fait, que l'extension du mystère de l'Incarnation à l'ensemble du Corps du Christ, « jusqu'à ce que nous parvenions, tous ensemble, à ne faire plus qu'un dans la foi et la connaissance du Fils de Dieu, et à constituer cet Homme parfait, dans la force de l'âge qui réalise la plénitude du Christ. » (Ep 4, 13).

14. C'est pourquoi le Concile proclame : « L'Église, pourvue des dons de son fondateur, et fidèlement appliquée à garder ses préceptes de charité, d'humilité et d'abnégation, reçoit mission d'annoncer le royaume du Christ et de Dieu et de l'instaurer dans toutes les nations, formant, de ce Royaume le germe et le commencement sur la terre. Cependant, tandis qu'elle s'accroît peu à peu, elle-même aspire à l'achèvement de ce royaume espérant de toutes ses forces et appelant de ses vœux l'heure où elle sera, dans la gloire, réunie à son Roi ». (Lumen Gentium, 5)

15. Le Concile dit encore, à propos du peuple de Dieu : « Sa destinée enfin, c'est le Royaume de Dieu, inauguré sur la terre par Dieu même, qui doit se dilater encore plus loin, jusqu'à ce que, à la fin des siècles, il reçoive enfin de Dieu son achèvement, lorsque le Christ, notre vie, sera apparu et que la création elle-même sera affranchie de l'esclavage de la corruption pour connaître la glorieuse liberté des enfants de Dieu ». (Lumen Gentium, 9; cf. Col 3, 4; Rm 8, 21).

16. Il ne sera pas inutile de rappeler que la croyance en une royauté terrestre de Dieu, par l'intermédiaire de Son Messie et de son peuple, a des racines juives profondes. En effet, outre le retour d'Élie - qui doit tout remettre en état -, les Juifs attendent, eux aussi, eux surtout, la venue du Messie, qui reconstruira le Temple, soumettra les nations, purifiera sa terre et régnera sur un Israël racheté, rénové, rétabli dans ses frontières d'antan. Enfin, Israël lui-même, après avoir été longtemps asservi aux nations et avoir subi leur mépris, régnera à son tour sur elles. (Cf. Ml 3, 24; Si 48, 10; cf. Mt 17, 11; Mc 9, 12, etc.; cf. Dn 9, 25; Za 1, 16; To 13, 10, etc.; cf. Ps 72, 9; Ps 110, 1; Is 49, 23; Mi 7, 17, etc.; cf. Mt 22, 44; Lc 20, 43; He 10, 13, etc.; cf. Dt 32, 43, etc.; cf. Mi 4, 10, etc.; cf. Jr 31, 31; Os 6, 1, etc.; cf. Jr 31, 16-17; Ba 5, 5ss, etc.; cf. Dt 15, 6; Ba 4, 25; Ps 18, 48; Ps 47, 3, etc.).

17. Pour en revenir aux Chrétiens, s'ils lisent sérieusement l'Apocalypse, ils ne peuvent nier qu'il y est parlé d'une « première résurrection ». À moins de n'admettre qu'une interprétation symbolique de cette expression - ce dont ne se privent pas les a-millénaristes, tel Augustin, qui y voyait le baptême -, elle constitue une sérieuse difficulté pour les tenants de l'équivalence : « fin des temps » = « fin du monde ». (Cf. Ap 20, 5ss.).

18. En effet, si la Chrétienté n'attend plus, à la fin du temps de l'histoire, qu'une consommation de la terre et de ses habitants dans la gloire du ciel, que signifie la « seconde mort », dont parle l'Apocalypse ? Certainement pas la perspective d'une mort après la première résurrection, laquelle n'aurait alors été qu'un simple retour temporaire à la vie, comme le fut la résurrection de Lazare. Qu'il n'y ait qu'une mort, le Nouveau Testament en témoigne : « les hommes ne meurent qu'une fois, après quoi il y a un jugement. » Et l'Apocalypse corrobore cette conception : « Puis, je vis des trônes sur lesquels ils s'assirent, et on leur remit le jugement, et aussi les âmes de ceux qui furent décapités pour le témoignage de Jésus et la Parole de Dieu, et tous ceux qui refusèrent d'adorer la Bête et son image, de se faire marquer sur le front ou sur la main. Ils reprirent vie et régnèrent avec le Christ mille années. Les autres morts ne purent reprendre vie avant l'achèvement des mille années. C'est la première résurrection. » (Ap 20, 6; He 9, 27; Ap 20, 4-5)

19. C'est donc qu'il y aura deux étapes dans la consommation du mystère du Salut. Tout d'abord, adviendront les temps messianiques, où les élus ressusciteront pour mener, ici-bas, une vie paradisiaque et constituer une « Royauté de prêtres régnant sur la terre ». Puis, ce sera l'avènement du Jour de Dieu, où « les cieux enflammés se dissoudront et où les éléments embrasés se dissoudront pour laisser la place à de nouveaux cieux et à une terre nouvelle, où la justice habitera. » (Cf. Ap 5, 10; 2 P 3, 12-13 = Ap 21, 1).

20. En proclamant heureux et saint celui qui participe à la première résurrection et en précisant que la seconde mort n'a pas pouvoir sur eux, l'Apocalypse veut dire que ces élus messianiques sont assurés de ne plus jamais mourir et surtout de ne pas se voir jeter, avec le Diable, la Bête et le faux prophète, dans l'étang de feu et de soufre, qui est la seconde mort, celle dont on ne ressuscite jamais, et où le supplice dure jour et nuit, éternellement. (Cf. Ap 20, 6.10; Ap 2, 11; Ap 20, 6.14; Ap 21,8).

21. C'est à la lumière de ces textes scripturaires qu'il faut comprendre les étonnantes descriptions d'Irénée, citées ailleurs (« Irénée de Lyon et le Royaume »). Malheureusement, incapables de croire à la réalité de l'exposé, que font les Écritures, des deux étapes de la consommation eschatologique du projet divin de Salut, maints chrétiens et clercs réputent « symboliques » ces récits, comme ils le font à chaque fois que le sens obvie d'un passage leur résiste ou les choque. Certains poussent même cette « démythologisation » (pour employer leur terminologie) jusqu'à affirmer que la royauté messianique dont parle l'Apocalypse est celle que tout chrétien exerce déjà, dès ici-bas, en croyant au Salut en Jésus-Christ !

22. Plaise à Dieu que ce texte de Paul les invite à entrer dans le mystère : « De même en effet que tous meurent en Adam, ainsi tous revivront dans le Christ. Mais chacun à son rang : comme prémices, le Christ, puis ceux qui seront au Christ lors de son Avènement. Puis ce sera la fin, lorsqu'il remettra la royauté à Dieu le Père, après avoir détruit toute Principauté, Domination et Puissance. Car il faut qu'il règne jusqu'à ce qu'il ait placé tous ses ennemis sous ses pieds […] et lorsque toutes choses Lui auront été soumises, le Fils se soumettra à Celui qui lui a tout soumis, afin que Dieu soit tout en tous. » (1 Co 15, 22-28).

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(1) Il y a, dans le NT, près d'une centaine de mentions ou d'allusions au Royaume de Dieu, à ses manifestations et aux modalités de son avènement triomphal. Il n'est pas question de les énumérer ici, mais il sera fait mention de certaines d'entre elles, en fonction des analyses qui suivent.


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21-10-2005 | Commentaires (1) | Public
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