Recherche

Mot-clé sur le site

Avec Google

Google :
Exhorter
<< Deux pionniers : Le pape Jean XXIII et... Cardinal Béa, l'architecte de "Nostra... >>

Synopse des versions successives de Nostra Aetate § 4
Imprimer Imprimer
> Envoyer cette page

Synopse des versions successives
de la Déclaration Nostra Aetate § 4

 

Reproduite de Les Églises devant le judaïsme. Documents officiels 1948-1978, textes rassemblés, traduits et annotés par Marie-Thérèse Hoch et Bernard Dupuy, Cerf, 1980, pp. 321-334.

 

 PREMIÈRE VERSION

 

(incluse dans le Décret sur l'œcuménisme ; ce texte, présenté le 19 novembre 1963 à la deuxième session du Concile, n’y fut pas soumis à la discussion).

 

 

Après avoir traité des principes de l'œcuménisme catholique, nous ne voulons pas passer sous silence que ces mêmes principes, compte tenu des conditions différentes, doivent s'appliquer au dialogue et à la coopération avec les non-chrétiens qui cependant croient en Dieu ou du moins, animés d'une bonne volonté s'efforcent selon leur conscience d'observer la loi morale inscrite dans la nature de l'homme.

Cependant c'est lorsqu'il s'agit des juifs que ces principes ont leur application majeure, vu que ceux-ci sont reliés à l'Église du Christ d'une façon toute spéciale.

 

L'Église du Christ reconnaît avec une âme reconnaissante que l'origine de sa foi et de son élection se trouve déjà, selon le dessein de Dieu, chez les Patriarches et chez les Prophètes.


Elle confesse que, en effet, tous les fidèles, fils d'Abraham selon la foi (Ga 3, 7), sont inclus dans la vocation de ce Patriarche et que le salut de 'Église est préfiguré mystérieusement dans la sortie du peuple élu hors de la terre de servitude. C'est pourquoi l'Église, créature nouvelle dans le Christ (Ep 2, 15), ne peut oublier qu'elle est la continuation de ce peuple avec lequel Dieu, dans son ineffable miséricorde, a daigné conclure l'antique Alliance.

 

 

 


De plus, l'Église croit que le Christ, notre paix, embrassant dans un unique amour les juifs et les gentils, des deux a fait un seul (Ep 2, 14) et annonce par l'union des deux en un seul corps (Ep 2, 17) la réconciliation dans le Christ de toutes les parties de l'univers. Bien qu'une grande partie du peuple élu reste provisoirement loin du Christ, ce serait une injustice de l'appeler « peuple maudit » (2), vu qu'il reste cher à Dieu à cause des Pères et des dons qui leur furent accordés (Rm 11, 28) ou bien « peuple déicide », parce que le Seigneur a effacé par sa passion et sa mort les péchés de tous les hommes, qui furent la cause de la mort et de la passion de Jésus-Christ (Lc 23, 34 ; Ac 3, 17; 1 Co 2, 8). Cependant la mort du Christ n'a pas été provoquée par tout le peuple vivant alors, et moins encore par le peuple d'aujourd'hui.

C'est pourquoi les prêtres prendront garde de ne rien dire dans la catéchèse et dans les sermons qui puisse engendrer dans le cœur des auditeurs la haine ou le mépris envers les juifs.

L'Église n'oublie pas non plus que le Christ Jésus est né selon la chair de ce peuple, que la Vierge Marie, mère du Christ, et les apôtres, fondements et colonnes de l'Église, en sont nés de même.


C'est pourquoi, du fait du si grand patrimoine commun de l'Église avec la Synagogue, le Concile désire absolument favoriser et recommander entre eux la connaissance et l'estime mutuelles, qui naîtront des études théologiques et de dialogues fraternels. Et de même qu'il réprouve sévèrement les injustices infligées aux hommes où qu'elles se produisent, encore plus et avec cœur il déplore et condamne la haine et les persécutions contre les juifs, perpétrées soit dans le passé, soit en notre temps.

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
TROISIÈME VERSION

 

(Paragraphe 4, portant le sous-titre : « Des juifs » (7), approuvé le 20 novembre 1964.)

 

 

Scrutant le mystère de l'Église, le Concile se souvient du lien qui unit le peuple du Nouveau Testament et la descendance d'Abraham.

 

 En effet, l'Église du Christ reconnaît avec une âme reconnaissante que l'origine de sa foi et de son élection se trouve déjà, selon le dessein du salut de Dieu, chez Moïse (10) et les Prophètes.

Elle confesse que tous les fidèles du Christ, fils d'Abraham selon la foi (Ga 3, 7) sont inclus dans la vocation de ce Patriarche et que le salut de l'Église est mystérieusement préfiguré dans la sortie du peuple élu hors de la terre de servitude.


C'est pourquoi l'Église ne peut pas oublier qu'elle a reçu la révélation de l'Ancien Testament de ce peuple, avec lequel Dieu dans son ineffable miséricorde a daigné conclure l'Antique Alliance, et qu'elle se nourrit de la racine de l'olivier franc (11) sur lequel sont greffés les rameaux de l'olivier sauvage, que sont les gentils sont les gentils (Rm 11, 17-24).

L'Église croit en effet que le Christ, notre paix, a réconcilié les juifs et les gentils par sa croix et des deux a fait un seul. (Ep 2, 14-16) (12)

 

L'Église a aussi toujours sous les yeux les paroles de l'apôtre Paul au sujet des siens « à qui appartiennent l'adoption filiale, la gloire, les alliances, la Loi, le culte, les promesses qui ont été faites aux Patriarches, et de qui est né selon la chair, le Christ» (Rm 9, 4-5), le fils de la Vierge Marie.

 

Elle se rappelle que du peuple juif sont nés les apôtres, fondements et colonnes de l'Église, et elle se rappelle aussi le grand nombre des premiers disciples qui annoncèrent au monde l'évangile du Christ.

 

Bien que les juifs, en grande partie, n'aient pas accepté l'évangile, cependant ils restent, selon le témoignage de l'Apôtre, à cause de leurs pères très chers à Dieu, dont les dons et l'appel sont saqo/fepentance (Rm 11, 28-29) (13) Avec les Prophètes et ce même Apôtre, l'Église attend le jour, connu de Dieu seul, où tous les peuples invoqueront le Seigneur d'une seule voix et « le serviront d'un commun accord » (So 3, 9) ; cf. Is 66, 23; Ps 65, 4; Rm 11, 11-32) (14).

 

 

 

 

Du fait d'un si grand patrimoine spirituel, commun aux Du fait d'un si grand patrimoine spirituel, commun aux chrétiens et aux juifs, le Concile veut encourager et recommander entre eux la connaissance et l'estime mutuelles, qui naîtront surtout d'études bibliques et théologiques, ainsi que de dialogues fraternels. En outre, le Concile, se souvenant de ce patrimoine commun, réprouve sévèrement les injustices infligées aux hommes où qu'elles se produisent et il déplore et condamne la haine et les mauvais traitements qui ont été perpétrés contre les juifs soit dans le passé, soit en notre temps.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Que tous aient donc soin, dans la catéchèse ou la prédication de la parole de Dieu, de ne rien enseigner qui puisse faire naître dans le cœur des fidèles la haine ou le mépris envers les juifs : que jamais le peuple juif ne soit présenté comme un peuple réprouvé ou maudit ou déicide (17). Ce qui fut perpétré dans la passion du Christ ne peut aucunement être imputé à tout le peuple vivant alors, moins encore au peuple d'aujourd'hui (20).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 D'ailleurs, comme l'Église l'a toujours tenu et le tient toujours, c'est à cause du péché de tous les hommes que le Christ, dans son immense amour, s'est soumis volontairement à sa passion et à sa mort. Le devoir de l'Église dans sa prédication est donc d'annoncer la croix du Christ comme signe de l'amour universel de Dieu et comme source de toute grâce.

 

  

 

 DEUXIÈME VERSION

 

(insérée dans la Déclaration sur l'Église et les religions non chrétiennes, avec le sous-titre: «n° 32. Du patrimoine commun des chrétiens avec les juifs». Discutée les 28 et 29 septembre 1964, au début de la troisième session (1).)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'Église du Christ reconnaît volontiers que l'origine de sa foi et de son élection se trouve déjà, selon le dessein de salut de Dieu, chez les Patriarches et chez les Prophètes.


Elle confesse, en effet, que tous les fidèles, fils d'Abraham selon la foi (Ga 3, 7) sont inclus dans la vocation de ce Patriarche, et que le salut de l'Église est préfiguré mystérieusement dans la sortie du peuple élu hors de la terre de servitude. C'est pourquoi l'Église, créature nouvelle dans le Christ (Ep 2, 15) et peuple de la Nouvelle Alliance, ne peut oublier qu'elle est la continuation de ce peuple avec lequel Dieu, dans son ineffable miséricorde, a daigné conclure l'Antique Alliance, et auquel il a voulu confier la révélation contenue dans les livres de l'Ancien Testament.


L'Église n'oublie pas non plus que le Christ est né selon la chair du peuple juif, que la mère du Christ, la Vierge Marie, et les apôtres, fondements et colonnes de l'Église, en sont nés de même.

 

 

 

 

 

L'Église a aussi et aura toujours devant les yeux les paroles de l'apôtre Paul au sujet des siens « à qui appartiennent l'adoption filiale, la gloire, les alliances, la Loi, le culte, les promesses» (Rm 9, 4).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Du fait du si grand patrimoine que les chrétiens ont reçu des juifs, le Concile veut absolument favoriser et recommander entre eux la connaissance et l'estime mutuelles, qui naîtront des études théologiques et de dialogues fraternels. Et, de même qu'il réprouve sévèrement les injustices infligées aux hommes où qu'elles se produisent, de même il déplore et condamne la haine et les mauvais traitements (3) qui ont été exercés contre les juifs.

 

 

En plus, il est digne de se souvenir que la réunion du peuple juif à l'Église fait partie de l'espérance chrétienne. En effet, l'Église, selon l'enseignement de l'apôtre Paul (Rm 11, 25), d'une foi indestructible et avec grand désir, attend l'accès de ce peuple à la plénitude du peuple de Dieu instaurée par le Christ (4).

C'est pourquoi, que tous se gardent, soit dans la catéchèse et dans la prédication de la parole de Dieu, soit dans les conversations quotidiennes, de présenter le peuple juif comme un peuple réprouvé (5), ou de dire ou faire quoi que ce soit qui puisse rendre les hommes étrangers aux juifs. Que l'on se garde en outre d'imputer aux juifs de notre époque ce qui fut perpétré dans la passion du Christ.

 

  NOSTRA AETATE, § 4 (6)

 

(Paragraphe portant le sous-titre : « De la religion juive » (8). Soumis au Concile les 15 et 16 octobre 1965 et voté le 28 octobre 1965.)

 

Scrutant le mystère de l'Église, le Concile se souvient du lien qui unit spirituellement (9) le peuple du Nouveau Testament à la descendance d'Abraham.

 

En effet, l'Église du Christ reconnaît que l'origine de sa foi et de son élection se trouve, selon le dessein de salut de Dieu, chez les Patriarches, Moïse et les Prophètes.

Elle affirme que tous les fidèles du Christ, fils d'Abraham selon la foi (Ga 3, 7), sont inclus dans la vocation de ce Patriarche et que le salut de l'Église est mystérieusement préfiguré dans la sortie du peuple hors de la terre de servitude.

 


L'Église ne peut oublier qu'elle a reçu la révélation de l'Ancien Testament par ce peuple avec lequel Dieu, dans son ineffable miséricorde, a daigné conclure l'Antique Alliance, et qu'elle se nourrit de la racine de l'olivier franc sur lequel sont greffés les rameaux de l'olivier sauvage, que sont les gentils (Rm 11, 17-24).



L'Église croit, en effet, que le Christ, notre paix, a réconcilié les juifs et les gentils par sa croix et en lui-même des deux a fait un seul (Ep 2, 14-16).

 

L'Église a toujours également devant les yeux les paroles de l'apôtre Paul au sujet des siens « à qui appartiennent l'adoption filiale, la gloire, les alliances, la Loi, le culte, les promesses qui ont été faites aux Patriarches, et de qui est né, selon la chair, le Christ » (Rm 9, 4-5), le fils de la Vierge Marie.

 

Elle se rappelle que du peuple juif sont nés les apôtres, fondements et colonnes de l'Église, et elle se rappelle aussi le grand nombre des premiers disciples qui annoncèrent au monde l'évangile du Christ.

 

Au témoignage de l'Écriture, Jérusalem n'a pas reconnu le temps où elle a été visitée (Lc 19, 44) et les juifs, en grande partie, n'ont pas accepté l'Évangile; nombreux même furent ceux qui s'opposèrent à sa diffusion (Rm 11, 28). Néanmoins, selon saint Paul, les juifs restent à cause de leurs pères, très chers à Dieu, dont les dons et l'appel sont sans repentance (Rm 11, 28-29). Avec les Prophètes et ce même Apôtre, l'Église attend le jour, connu de Dieu seul, où tous les peuples invoqueront le Seigneur d'une seule voix et « le serviront d'un commun accord» (So 3, 9. Cf. Is 66, 23; Ps 65, 4; Rm 11, 11-32).

 

Du fait d'un si grand patrimoine spirituel, commun aux chrétiens et aux juifs, le Concile veut encourager et recommander entre eux la connaissance et l'estime mutuelles, qui naîtront surtout d'études bibliques et théologiques, ainsi que de dialogues fraternels.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Encore que des autorités juives, avec leurs partisans aient poussé à la mort du Christ (Jn 19, 6) (15), cependant ce qui a été commis durant sa Passion ne peut être imputé ni indistinctement (16) à tous les juifs vivant alors, ni aux juifs de notre temps. S'il est vrai que l'Église est le nouveau peuple de Dieu (18), les juifs ne doivent pas, pour autant, être présentés comme réprouvés par Dieu ni maudits (19) comme si cela découlait de l'Ecriture (21).

 

Que tous aient donc soin, dans la catéchèse et la prédication de la parole de Dieu, de ne rien enseigner qui ne soit conforme à la vérité de l'Évangile et à l'esprit du Christ.

 

 

 

 

 

 

En outre l'Église, qui réprouve toutes les persécutions exercées contre tous les hommes quels qu'ils soient, ne pouvant oublier le patrimoine qu'elle a en commun avec les juifs, et poussée, non par des considérations politiques mais par la charité évangélique (22), déplore (23) la haine, les persécutions et toutes les manifestations d'antisémitisme (24), quels que soient leur époque et leurs auteurs, qui ont été exercées contre les juifs.

 

D'ailleurs, comme l'Église l'a toujours tenu et le tient toujours, c'est à cause des péchés de tous les hommes et volontairement que le Christ dans son immense amour s'est soumis à sa passion et à sa mort, pour que tous les hommes obtiennent le salut. Le devoir de l'Église dans sa prédication est donc d'annoncer la croix du Christ comme signe de l'amour universel de Dieu et comme source de toute grâce.

 

 

Notes des auteurs

 

(1) Ce second texte a eu une histoire assez complexe que le cardinal Béa, présentateur du texte, évoqua dans son rapport du 25 septembre 1964. Après la session de 1963, le secrétariat du cardinal Béa avait commencé de revoir le premier texte, présenté dans le cadre du Décret sur l'œcuménisme. Le projet de la commission était de rédiger une Déclaration sur les religions non chrétiennes, dans laquelle serait inséré le texte sur les juifs. Un « secrétariat pour les non-chrétiens », créé en mai 1964, devait prendre en charge la rédaction des autres parties du texte. Mais quand le texte ci-dessus fut soumis au Concile, le cardinal Béa, qui le présentait lui-même, prit du recul par rapport au texte et le critiqua d'avance sur plusieurs points, en particulier sur le fait qu'il ne comportait plus la condamnation du déicide (trad. franç. de ce rapport : Documentation catholique, n° 1435 du 1er novembre 1964, col. 1421-1428). Le lendemain 30 septembre, Mgr Heenan, membre du secrétariat, accrut encore l'étonnement suscité par l'attitude ambivalente du cardinal Béa en révélant que ce texte, tel qu'il était soumis au Concile, n'avait pas été rédigé par le secrétariat du cardinal Béa et était le fait d' « experts inexpérimentés ». Entre-temps, il avait donc été revu et retouché. C'est néanmoins ce document qui servit de base pour la première discussion conciliaire sur les juifs. L'immense majorité des évêques intervinrent pour demander le rétablissement de l'exclusion du déicide et beaucoup rappelèrent, une fois encore, qu'il s'agissait d'un devoir de justice.

(2) On peut remarquer que l'expression «peuple déicide» se trouvait dans la première version du texte conciliaire, et qu'elle y était qualifiée d'iniuria, injustice. Dans sa présentation (trad. franç. Documentation catholique, n° 1415 du 5 janvier 1964), le cardinal Béa avait expliqué que l'intention de ce texte était de réparer l'injustice commise par l'emploi de cette expression. C'est en ce sens que l'ensemble de la presse l'a commenté, et le retentissement fut considérable.

(3) Ce texte affaiblit la version précédente en parlant de «mauvais traitements» (vexationem), au lieu de «persécutions» (persecutiones). De plus, la spécificité des méfaits antisémites a ici disparu.

(4) La tendance ecclésiologique de ce paragraphe, qui se présente comme un commentaire de Rm 9-11, fut critiquée par de nombreux évêques, qui y virent une justification possible du prosélytisme à l'égard des juifs, ne tenant pas compte de leur vocation particulière.

(5) Dans ce nouveau paragraphe, il n'est plus fait mention du déicide.

(6) Le texte final de Nostra Aetate, n° 4 fut présenté au Concile par le cardinal Béa le 15 octobre 1965. Il avait été envoyé aux membres du Concile au cours du mois d'août. Le cardinal Béa s'exprima de la façon suivante: « Le Secrétariat pour l'unité a suivi pour traiter la matière de ce quatrième paragraphe la méthode suivante. Outre l'examen attentif des amendements proposés, examen poursuivi tout au long de sérieuses discussions, nous avons cru devoir entreprendre plusieurs voyages afin de prendre contact avec les membres de la hiérarchie catholique et non catholique dans les pays où, à cause de ce schéma, sont nées de plus grandes difficultés. Ces efforts tendaient à prévenir, autant que faire se peut, les interprétations inexactes au sujet de la doctrine théologique proposée et à exprimer clairement que ce texte est de nature exclusivement religieuse, de façon à barrer par tous les moyens la route à une quelconque interprétation politique... En ce qui concerne la clarté théologique, qu'il nous soit permis de mentionner explicitement le point très difficile du schéma qui concerne la responsabilité des juifs dans la passion du Christ. Il ressort clairement de ce texte : a) que le schéma sauvegarde pleinement et expose la vérité évangélique; b) qu’en même temps, il exclut d'injustes affirmations et des accusations portées indistinctement contre tous les juifs vivant du temps du Seigneur et contre les juifs de notre temps, à savoir qu'ils sont tous coupables de la condamnation du Seigneur et à cause de cela réprouvés et maudits; c) que le Concile exhorte tout le monde pour qu'en cela, la catéchèse et la prédication correspondent à la vérité évangélique et à l'esprit du Christ. En comparant ce texte avec le texte que vous avez approuvé l'an dernier, il ressort aussi que le Secrétariat propose que soit effacée l'expression "coupable de déicide". Pourquoi? On sait que les difficultés et les controverses sur ce terme, qui ont fait supposer que le schéma contredirait l'Évangile, sont venues surtout du sens qui, pratiquement, a été donné par l'usage à cette expression. D'autre part, quiconque lit le texte que nous venons de lire et d'expliquer se rend compte clairement que la pensée que nous voulions exprimer dans le texte antérieur se trouve ici identiquement et complètement exprimé».  

(7) Dans les premiers jours d'octobre 1964, des tentatives avaient été faites, soit pour faire retirer complètement le projet de déclaration sur les juifs, soit pour le faire inclure dans un texte de caractère dogmatique, comme celui sur l'Église. Paul VI, à la demande de nombreux cardinaux, ne donna pas suite à ces requêtes mais il confia, définitivement cette fois, la rédaction du texte au secrétariat du cardinal Béa. Ce dernier présenta le rapport sur ce document au Concile le 19 novembre 1964 (trad. franç. Documentation catholique, n° 1442 du 21 février 1965, col. 6772).

(8) De nombreux évêques avaient demandé que le sous-titre ne soit pas simplement « Des juifs» mais « Du judaïsme». La commission, en donnant un avis favorable à cette proposition, intitula le paragraphe: « De la religion juive ».

(9) En ajoutant le mot «spirituellement», la commission a précisé qu'elle n'a pas modifié le contenu du texte, mais l'a simplement précisé.

(10) Le nom de Moïse a été ajouté dans cette troisième version.

(11) La notion abstraite et imprécise, de «continuité» entre Israël et l'Église a été remplacée ici par l'image paulinienne de la «greffe».

(12) Le texte a été ici rétabli conformément à la première version, en supprimant les adjonctions apportées par la seconde version au texte de Ep 2, 14-16.

(13) Reprise de l'affirmation que le peuple juif n'est pas rejeté et garde sa vocation, affirmation qui se trouvait dans le premier texte. On en retrouve ici la tournure, mais elle est exprimée plus nettement.

(14) La Relation (§ E) [document inconnu de moi] commente ainsi la modification apportée au texte de ce paragraphe, qui se termine à présent par la citation de Sophonie: « Le paragraphe concernant l'espérance eschatologique de l'Église a été rédigé à nouveau. De très nombreux évêques ont demandé que, dans la mention faite de cette espérance, en tant qu'il s'agit d'un mystère, soit écartée toute forme de prosélytisme. D'autres avaient demandé aussi que soit évoqué de quelque façon le fait que l'espérance chrétienne concerne tous les peuples. La nouvelle rédaction vise à répondre à toutes ces demandes» (p. 15).

(15) Le nouveau texte entre dans le point de vue exégétique en abordant la passion de Jésus du point de vue historique. Le recours à l'histoire ainsi introduit est d'une grande portée herméneutique. Il n'est pas dit d'autre part que ces « autorités et leurs partisans» représentaient le peuple juif comme tel. Les historiens contemporains ont montré que les autorités de Jérusalem étaient alors sous la coupe de l'occupant romain. Plusieurs experts du Concile firent remarquer que, puisqu'on mentionnait la part prise par certains dirigeants juifs dans la mort de Jésus, il eût fallu aussitôt mentionner la responsabilité dans cette mort et cette condamnation du pouvoir romain, de qui relevaient et la décision juridiquement efficace et l'exécution. Ce rappel eût été en effet nécessaire, car nul n’a jamais songé au cours de l’histoire à évoquer la responsabilité du peuple romain comme tel, et encore moins à attribuer une culpabilité collective à ses descendants. Il apparaît néanmoins clairement que le rôle joué par le pouvoir païen ne peut plus être passé sous silence.

(16) L’explication donnée ci-dessus (note 6) par le cardinal Béa souligne que les rédacteurs ont voulu garder le sens fort du texte précédent. En ce cas, le texte aurait cependant dû être maintenu dans son intégrité. Le libellé final laisse aux partisans de la thèse d'une certaine «responsabilité solidaire» le moyen de se déclarer non réfutés, alors que l'intention explicite des rédacteurs du texte était  bien d'écarter aussi cette dernière thèse.

(17) Cette troisième version réintroduit la mention du déicide dans une perspective différente de la première version : elle présente cette fois cette expression comme une erreur théologique (ne taceant), qui fut à la base de l'enseignement du mépris. Elle omet toutefois de souligner que son emploi fut une injustice (iniuria).

 (18) Selon le secrétariat, «cette clause entend rappeler que la condition du peuple juif dans l'économie du salut n'est pas la même qu'avant la mort du Christ» et que « ceci doit être considéré à partir du moment où l'on affirme clairement que la notion de faute collective de ce peuple dans la mort du Christ ne saurait être admise» (p. 30). Autrement dit, pour la foi chrétienne, il y a désormais un nouveau peuple de Dieu à côté et en face du peuple juif et ceci modifie dès lors la condition de ce dernier dans le dessein de salut divin. Le texte évoque ainsi le fait que, désormais, Israël et l'Église sont en situation de contestation réciproque. Le rôle du peuple juif dans l'économie du salut s'en trouve donc modifié, mais il n'en est pas pour autant supprimé. Concernant la signification de l'existence juive actuelle, la proposition est d'apparence négative, mais les éléments de caractère positif ont été donnés plus haut à propos de l'interprétation de Rm 9, 4-5.

(19) Le texte conciliaire sur les juifs a suscité, tout au long de son élaboration, des oppositions de la part de plusieurs évêques du monde arabe, qui cherchèrent à le faire retirer. L'offensive fut vive surtout après la présentation de cette troisième version. Ces oppositions, qui avaient surtout une origine d'ordre politique, en appelaient cependant à des arguments théologiques, y compris celui du déicide. Ces oppositions finirent par s'éteindre dans une certaine mesure, après les explications données dans la presse arabe par le patriarche des chrétiens melkites, Maximos IV. [Ces « explications » étaient, en fait, une affirmation audacieuse du contraire de ce qu’avait stipulé le concile : « «Les juifs ont exploité quelques expressions de l'ancien projet pour se déclarer innocents du sang du Christ. Dans le texte nouveau il est parlé clairement de leurs res­ponsabilités dans le crime de meurtre (sic). Le texte dit : les diri­geants juifs et leurs partisans ont incité à la mort du Christ.» (Cité par Laurentin, Juifs, pp. 112-113). Note de M. Macina].

(20) Manque ici la mention du rejet du «déicide». Voir, ci-dessus (note 6), les explications données par le rapporteur, selon lesquelles l'éviction du terme est due à son caractère ambigu et contradictoire.

(21) Cette clause nouvelle souligne que la thèse de la «réprobation» et de la «malédiction» du peuple, qui a été soutenue au cours de l'histoire par certains auteurs chrétiens, ne saurait être fondée sur l'Ecriture, ni sur la Bible, ni sur le Nouveau Testament.

(22) Le Concile affirme ne devoir être mû par aucune raison politique, clause ajoutée à l'adresse de ceux qui s'opposèrent au texte en invoquant des raisons politiques.

(23) Il manque, dans cette version finale qui fut soumise aux votes, les mots «et condamne». Le texte est ainsi affaibli. Le secrétariat n'a pas donné de justification de cet affaiblissement. Par la suite, les linguistes donnèrent cette explication, à vrai dire peu convaincante, que le mot latin deplorat est plus fort que le mot moderne «déplore».

(24) Contre ceux qui rejettent la spécificité de la haine antisémite et estiment que l'Église doit simplement combattre toute haine quelle qu'elle soit, le Concile a fait droit à la demande de réintroduire ici la mention spéciale du crime d'antisémitisme.



10-05-2009 | Commentaires (0) | Public
voirAjoutez votre commentaire

Identification
Pseudo
 
Mot de passe

Mot de passe oublié ?
S'inscrire à ce site
Étudier
Calendrier
<< avril 2017 >>
dim lun mar mer jeu ven sam
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30