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Cardinal Béa, l'architecte de "Nostra Aetate" (SIDIC)
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Numéro spécial: le cardinal Bea
1969, Volume , Numéro Numéro spécial
Pages: 07 -10

Source : Sidic International

 
Le cardinal Bea et la Déclaration conciliaire sur les rapports entre l'Eglise et le judaïsme.

« Si j'avais pu prévoir toutes les difficultés que nous y aurions rencontrées, je ne sais pas si j'aurais eu le courage de l'entreprendre. »
(Voir S. Schmidt, S.J., « Il cardinale Agostino Bea », La Civiltà Cattolica, I, 1969, pp. 10-11.)

Par ces quelques mots le cardinal Bea exprimait, après le Concile, son travail héroïque et extrêmement difficile pour promouvoir officiellement une ouverture nouvelle et vraiment révolutionnaire de l'Eglise vis-à-vis du judaïsme. Pour atteindre ce résultat, il devait affronter des difficultés de tous ordres: religieuses, politiques, psychologiques, et scientifiques, des difficultés prévues et imprévues.

Dans le développement de la vie et de l'oeuvre des dernières années du cardinal, plusieurs éléments étonnent. Il semble qu'il avait, ou que lui furent données, de nouvelles possibilités, des qualités inattendues devant une tâche et des difficultés inattendues.

Le 25 septembre 1964, lors de la deuxième présentation du schéma de la Déclaration sur les rapports entre l'Eglise et le judaïsme, il constatait:

"L'opinion publique a manifesté un très grand intérêt pour ce document. Aucun autre schéma n'a suscité autant de commentaires dans la presse mondiale et dans les journaux à grand tirage. Quelles que soient les raisons de cet intérêt et le jugement qui sera porté sur sa valeur, il est évident qu'à ce sujet, l'opinion publique aura les yeux fixés sur l'Eglise et que l'approbation ou le rejet de la Déclaration déterminera pour beaucoup, vis-à-vis du Concile, un jugement positif ou négatif."
(Traduit de La Chiesa e il Popolo Ebraico, Morcelliana, Brescia, 1966, p. 147.)

Le cardinal était-il préparé à une tâche aussi décisive? Apparemment il ne l'était pas. Avant qu'il devienne cardinal il n'avait pas eu de contacts avec les juifs et il n'avait pas manifesté un intérêt spécial pour le judaïsme postérieur au Christ. Parmi les nombreux articles écrits par le professeur d'Ecriture Sainte, aucun ne touche l'existence du judaïsme post-biblique ou l'exégèse juive de l'Ancien Testament. Son exégèse restait dans le cadre traditionnel et son contact avec le pays d'Israël se limita à un voyage en Palestine en 1929. Il est vrai que le cardinal eut une influence importante sur le développement des études bibliques (*), surtout par sa participation à ia composition de l'encyclique Divino Afflante Spiritu, en 1943, et par son travail dans la Commission Pontificale Biblique. Mais tout cela, il le faisait sans aucun lien avec le judaïsme.

Il y a pourtant, semble-t-il, une manière plus profonde de voir la préparation d'Augustin Bea à la découverte du judaïsme. Là, deux éléments sont décisifs: la Bible et l'oecuménisme.
I. Bien qu'il ne fût pas un bibliste « libéral », il était certainement un grand exégète au sens traditionnel du mot, ouvert à une compréhension toujours croissante de la Bible. Dans son exposé sur l'inspiration divine, assez traditionnel et sec, il n'accepte pas le littéralisme rigide, qui fait de l'écrivain biblique un dactylographe de Dieu. Il insiste sur le fait que l'auteur humain est inspiré par Dieu comme homme, donc en conservant toutes ses possibilités humaines de style, d'expression, d'imagination. Ainsi, l'auteur biblique et donc la Bible sont profondément liés à la réalité vivante et historique du peuple de Dieu et influencés par elle. C'était aussi de cette manière que le cardinal lui-même considérait la Bible, non comme une lettre morte, mais comme l'expression inspirée d'une réalité vécue. Dans sa longue vie - [dont] plus de quarante ans [comme] professeur d'Ancien Testament -, il s'était profondément familiarisé avec le monde et la pensée de la Bible. Cette pénétration de la Révélation divine l'a formé à un authentique esprit biblique: contact réel et vécu avec Dieu, conscience intime de la présence et de la providence divines, ouverture aux signes des temps. Cette attitude devait le préparer à de nouvelles découvertes dans l'aventure de Dieu avec son peuple.
II. L'oecuménisme était peu à peu entré dans la vie du futur cardinal Bea. Né à Riedbhringen, dans un milieu traditionnellement catholique, Augustin Bea eut, plus tard, pendant les années de sa formation, beaucoup de contacts normaux et ouverts avec des non-catholiques. Sur le plan scientifique, sa première collaboration avec des exégètes protestants eut lieu en 1935, lors d'un congrès biblique à Gattingen, en Allemagne, Il y allait avec l'approbation explicite du pape Pie XI, caractéristique de l'esprit de l'époque. Depuis lors, ces contacts se sont poursuivis. Mais c'est à partir de 1951 que l'horizon de son intérêt oecuménique s'est considérablement élargi. Mgr J. Willebrands, secrétaire de la Conférence Internationale Catholique pour les Questions Oecuméniques, alors à ses débuts, vint le voir à Rome pour parler des rapports oecuméniques, qui s'amorçaient surtout en Allemagne et en Hollande. Les visites se répétèrent, le P. Bea, vivement intéressé, s'engageait de plus en plus dans le mouvement oecuménique. Avec sa grande connaissance et son amour de la Bible, il comprenait les différentes manières dont on a pu expliquer la Sainte Ecriture pour soutenir des vues ecclésiologiques différentes. La Bible, qui a si souvent joué un rôle important et même décisif dans la division des chrétiens, reste pourtant la source commune. La recherche nouvelle de l'unité des chrétiens menait nécessairement à un retour aux sources. Mais le retour aux sources du christianisme est le retour à Jérusalem. La rencontre du pape Paul VI avec le patriarche Athénagoras I à Jérusalem est, de ce point de vue, un symbole de grande importance. Ces deux éléments, vie imprégnée de la Bible et engagement dans le mouvement oecuménique, devaient préparer l'esprit ouvert du cardinal Bea à la découverte explicite du judaïsme post-biblique. La Sainte Ecriture est inextricablement liée à l'histoire d'Abraham et de sa descendance et l'cecuménisme fait retourner aux sources; là, on rencontre le judaïsme et, d'une manière ou d'une autre, on doit prendre position. Le cardinal l'a fait dans un esprit ouvert et d'une manière très positive.
Le pape Jean XXIII, qui n'avait pas connu le P. Bea avant mars 1959, le créa cardinal le 14 décembre de cette même année. « Regardez, quelle grande grâce le Seigneur m'a faite de trouver le cardinal Bea » (cf. S. Schmidt, article cité, p. 15). On sait comment Jean XXIII était touché par le destin du peuple juif et par ses souffrances injustes. Plusieurs de ses décisions et gestes montrent combien, pour lui, l'amélioration des rapports entre l'Eglise et le judaïsme était une question sérieuse. Encouragés par ses paroles et ses actes, plusieurs juifs demandèrent son intervention afin que le Concile, annoncé le 25 janvier 1959, proclame une nouvelle attitude de l'Eglise vis-à-vis du judaïsme. Particulièrement impressionnante fut l'audience de Jules Isaac, le 13 juin 1960. Le pape le renvoya au cardinal Bea à qui il rendit visite le 15 juin 1960. Jean XXIII chargea le cardinal de préparer un document sur le sujet. Pendant la première réunion des membres et des conseillers du Secrétariat pour l'Unité des Chrétiens, celui-ci communiqua cette décision et le travail fut confié à une sous-commission. Il n'est pas nécessaire de traiter ici en détails de la longue et difficile histoire de ce travail (*). Trois documents, émanant de l'Institut biblique de Rome, de l'Institute of Judaeo-Christian Studies, South Orange, U.S.A., et d'un groupe international de travail d'Apeldoorn, Hollande, soumis en 1960 au Secrétariat pour l'Unité, ont certainement influencé, de différentes manières, surtout le status questionis [état de la question] et l'esprit de la future Déclaration.

En ce qui concerne l'attitude personnelle du cardinal Bea dans la direction de ce travail plusieurs faits sont à mentionner.

1) Pendant toute la période du Concile et de sa préparation, il a eu beaucoup de contacts avec des juifs et avec des membres des groupes de l'Amitié judéo-chrétienne de différents pays, qui venaient le voir ou qu'il rencontrait dans leurs pays respectifs. Plusieurs d'entre eux lui ont proposé des suggestions concernant le document en préparation. Le cardinal était toujours très ouvert et à l'écoute de leurs idées. Quelques organisations juives, en contact avec le cardinal, sur invitation et après encouragement de certaines autorités catholiques, lui ont envoyé des « memoranda » sur la question. Il semble que ces documents aient plutôt servi à l'information du cardinal lui-même, parce qu'ils n'étaient pas toujours transmis à la commission susdite. En fait, l'étude détaillée de l'histoire du développement du texte de la Déclaration montrerait clairement que les documents soumis directement au cardinal par des organisations juives n'ont eu qu'une influence indirecte et difficile à préciser.

(2) Une première indication sur l'esprit du futur document conciliaire fut donnée par le cardinal dans ses paroles d'accueil à la septième Agapé, organisée par l'Université Pro Deo à Rome le 14 janvier 1962. Devant un public de plus de cent personnes, représentant 43 nations et 18 religions différentes, il parla de la nécessité de la collaboration fraternelle dans la bonté et la charité entre les peuples et les religions. Il ne mentionna pas explicitement le judaïsme ni d'autres peuples ou religions, mais les représentants juifs comme tous les autres comprirent que le cardinal Bea avait indiqué l'esprit et les thèmes fondamentaux de la nouvelle attitude de l'Eglise envers les autres. Plusieurs documents du Concile allaient concrétiser cette nouvelle attitude. A maintes reprises et en différentes occasions, le cardinal souligna cet arrière-plan de la Déclaration sur les rapports avec le judaïsme.

(3) Le Secrétariat pour l'Unité des Chrétiens a préparé plusieurs textes et documents pour le Concile. D'habitude ils n'étaient pas introduits dans l'Aula du Concile par les présidents des commissions qui les avaient composés. Le cardinal, qui a fait 19 interventions en sa qualité de membre du Concile, s'est toujours réservé, d'une manière exceptionnelle, la présentation officielle du schéma concernant l'attitude envers les juifs. Ainsi a-t-il introduit le document en tant que Président du Secrétariat pour l'Unité, les 19 novembre 1963, 25 septembre 1964, 20 novembre 1964 et 14 octobre 1965. On ne sait pas pourquoi il a tellement tenu à le faire lui-même. Mais sur ce point il était très précis; les membres et les conseillers du Secrétariat le savaient et ils étaient sûrs qu'il le ferait. Ce fait accentue l'importance de la question, car quand le cardinal Bea allait parler dans l'Aula du Concile tout le monde écoutait. On savait que quelque chose d'important serait dit. Ainsi Augustin Bea est vraiment l'architecte de Nostra Aetate. S'appuyant sur sa connaissance de la Bible et poussé par un grand amour, il défendait courageusement et avec beaucoup d'insistance les grands thèmes de ce document, dans lequel le lien fondamental entre les juifs et tous les chrétiens est mis en lumière. Dans sa relation du 25 septembre 1964, il disait sur ce point: « L'étroite association entre l'Eglise, le peuple élu du Nouveau Testament, et le peuple élu de l'Ancien Testament, est commune à tous les chrétiens et ainsi il y a un lien intime entre le mouvement oecuménique et les questions discutées dans cette Déclaration ». Les préjugés traditionnels et l'antisémitisme sont clairement rejetés. Des indications bibliques et pastorales fournissent le point de départ d'une réflexion théologique sur le rôle du judaïsme post-biblique dans l'histoire du salut. Les études et les dialogues, souhaités par le Concile, devront contribuer à une meilleure connaissance du judaïsme, tel qu'il se conçoit lui-même.

La question des rapports entre l'Eglise et le judaïsme a attiré, pendant le Concile, l'attention du monde entier. Il est devenu très clair que ces rapports ne se limitent pas à un traité de théologie, mais qu'il se situent dans la réalité très complexe de l'histoire concrète. Et, pour cette raison, toutes sortes de motifs, d'ordre plus ou moins religieux et même pas religieux du tout, ont essayé de s'imposer et d'influencer le développement du travail. Ici, le cardinal Bea se montrait un maître de clarté, de persévérance et aussi de souplesse. Afin de formuler le texte avec plus de précision et de clarté, il était prêt, pour sauver la substance et l'essentiel, à céder sur des points d'importance plus ou moins secondaires. Ainsi, le texte final de la Déclaration fut accepté et promulgué le 28 octobre 1965. L'avenir prouvera que cette sage attitude de la figure prophétique du cardinal Bea a vraiment inauguré une nouvelle époque dans les relations entre l'Eglise et le judaïsme.
 
(*) Commentary on the Documents of Vatican II Vol. III, Herbert Vorgrimler ed. (Herder and Herder, New York; Burns and Oates, London, 1969), pp. 1-136; voir aussi ARTHUR GILBERT, The Vatican Council and the Jews (The World Publishing Company, Cleveland and New York, 1968); et l'article du P. T. STRANSKY dans ce numéro de Sidic.
 
SIDIC INTERNATIONAL



09-05-2009 | Commentaires (0) | Public
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