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Chrétiens et Juifs - 4. juifs déicides, maudits, etc.
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1. Les juifs vus par les Pères de l’Eglise, les hommes d’Eglise et les auteurs chrétiens plus récents, nourris de pensée patristique

 

Les principaux chefs d’accusation qui ont pesé sur le peuple juif durant des siècles sont les suivants : déicide, reniement, malédiction, rejet (avec pour conséquence la dépossession de l’élection, réputée dévolue désormais aux chrétiens), perfidie. On en lira, ci-après, plusieurs illustrations.

 

 

L’accusation de «déicide»

 

Le premier à l’avoir émise semble être Méliton de Sardes, écrivain ecclésiastique (peut-être évêque) du IIe s. Dans une homélie prononcée un Vendredi saint, en Asie mineure, il s’écrie (19) :

 

«Qu’as-tu fait, Israël? Tu as tué ton Seigneur, au cours de la grande fête. Écoutez, ô vous, les descendants des nations, et voyez. Le Souverain est outragé. Dieu est assassiné… par la main d’Israël

 

On retrouve le terme chez Eusèbe de Césarée (IVe siècle) (20) :

 

« Il est regrettable d’entendre [les juifs] se vanter que, sans eux, les chrétiens ne sauraient observer leurs Pâques. D’ailleurs, depuis leur déicide, ils sont aveuglés et ne peuvent servir de guides à qui que ce soit… »

 

L’évêque d’Antioche (IVe s.), Jean Chrysostome, dit la même chose sans employer explicitement le terme ‘déicide’, mais en imputant à l’acte stigmatisé un caractère définitif (21) :

 

« Du jour où vous avez fait périr le Fils de Dieu, votre maître, votre crime a été irrémissible… »

 

Même épithète dans la 9e Ode des Complies du Grand Lundi de la liturgie byzantine (22) :

 

« Accueille ton roi, Judée; prépare tes mains au déicide […] Ô Judée, le Maître a changé tes fêtes en jours de deuil, selon la prophétie, car tu es devenue déicide.»

 

Au fil des siècles, le thème sera repris inlassablement, au point qu’à l’époque du Concile Vatican II (1962-1965), il faisait encore figure d’article de foi pour beaucoup de chrétiens et pour certains membres de la hiérarchie.

 

Force est de reconnaître que, même si la caducité de cette accusation peut être déduite de la lecture de certains commentaires autorisés de la Déclaration conciliaire Nostra Aetate (23), à l’époque du Concile, et se lit expressément dans certains documents d’application postérieurs, la répudiation explicite de la thèse du déicide ne figure pas dans la version finale du texte officiel sur les juifs, voté le 28 octobre 1965 par les Pères conciliaires. Nous reviendrons sur ce point lorsque nous traiterons des aléas de l’élaboration de cette Déclaration.

 

Le «reniement» juif

 

Le verbe sous-jacent, tant en hébreu qu’en grec, signifie, selon les contextes, ‘renier’ (Jos 24, 27; Mt 10, 33), ou ‘nier’ (Gn 18, 15; Jn 1, 20). Dans les Évangiles, ce qu’on appelle le ‘reniement’ de Pierre est en fait une ‘dénégation’ (cf. Mt 26, 70.72 et parallèles) : Pierre, malgré l’évidence, ‘nie connaître’ Jésus.

 

Par contre, en taxant de ‘reniement’ l’incroyance juive, les chrétiens font rétrospectivement un procès d’intention aux juifs qui n’ont pas cru en Jésus. En effet, le choix de ce verbe implique, soit que les juifs ‘ont nié le connaître’ - ce qui n’a pas de sens –, soit qu’ils l’ont renié, après avoir cru en lui (comme Pierre) – ce qui, à l’évidence, ne fut pas le cas.

 

Cette accusation n’a jamais été rétractée expressément par l’Église.

 

La «malédiction», l’«auto-malédiction», et leurs corollaires : l’errance, le châtiment sans fin, et la marque de Caïn

 

Omniprésente et amplement documentée dans la tradition chrétienne ancienne et moderne (jusqu’au Concile Vatican II, qui la désavouera explicitement), cette prétendue malédiction a son origine dans l’application, faite aux juifs de tous les temps, de la mystérieuse sentence de stérilité prononcée par Jésus contre un figuier sur lequel, contrairement à son attente, il ne trouva pas de fruits (cf. Mc 11, 14 ss., et surtout v. 21). On en trouve la trace dans la 9e Ode des Complies du Grand Lundi de la liturgie byzantine, déjà citée (24) :

 

«Étrangère aux impies est la justice, et inconnue aux infidèles est la connaissance de Dieu. Les juifs ont rejeté ces choses par infidélité; c’est pourquoi ils seront les seuls à récolter, comme le figuier, la malédiction. Il eut faim du salut des hommes, le Christ qui est le chef de la vie, ô Judée; s’étant approché, comme du figuier, de la synagogue toute ornée des feuilles de la Loi, lorsqu’il la vit, il la maudit

 

Relatant une traversée à bord d’un navire dont le capitaine était juif, Synésios de Cyrène (début du IVe s.), qui fut plus tard évêque, non content de faire allusion à la malédiction juive, y ajoute l’incitation à la haine en accusant les juifs d’être les agresseurs meurtriers des Grecs (25) :

 

« Des douze matelots qu’il y avait en tout, plus de la moitié, et le capitaine, étaient juifs, peuple maudit qui croit faire œuvre pie lorsqu’il cause la mort du plus grand nombre de Grecs. »

 

Vers la fin du fin du IVe s., chez Hilaire de Poitiers, l’accusation s’élargit jusqu’à voir dans le peuple juif un avatar de Caïn lui-même (26) :

 

« …le Seigneur a dit : “Voici que je vous envoie des prophètes, des sages et des scribes : vous tuerez les uns dans vos synagogues, vous persécuterez les autres, de ville en ville, afin que retombe sur vous tout le sang innocent qui a été répandu sur la terre, depuis le sang d’Abel le juste jusqu’au sang de Zacharie… ” [cf. Mt 23, 35]. Le sang d’Abel ainsi est réclamé à celui qui, d’après ce qui avait été préfiguré en Caïn, a persécuté les justes et a été maudit par la terre qui, ouvrant sa bouche, a recueilli le sang de son frère. Dans le corps du Christ, en effet, en qui sont les Apôtres et l’Eglise, c’est le sang de tous les justes que leur race et leur postérité tout entière a pris sur elle, selon leurs propres cris : “Que son sang soit sur nous et sur nos enfants ! ” [cf. Mt 27, 25]. »

 

Il est probable que de tels textes sont à l’origine du mythe du « juif errant ». Ce dernier apparaît, vers 400, en Espagne (27) :

 

« Le juif erre çà et là, vagabond, sans cesse ballotté dans de nouveaux exils, depuis que, déraciné de sa patrie, il expie par son supplice le meurtre qu’il a commis, depuis qu’il subit le châtiment de son forfait, car le sang du Christ, qu’il a renié, a rejailli sur lui. »

 

© Menahem Macina

 

 

Notes

 

19. Méliton de Sardes. Sur la Pâque, 73-96, Sources Chrétiennes 123, pp. 102-116.

20. Eusèbe de Césarée, Vita Constantini, III, 17 ; cité d’après Lovsky L’Antisémitisme chrétien, p. 133.

21. Jean Chrysostome, Commentaire sur le Psaume VIII, 3 à 5, cité d’après Lovsky L’Antisémitisme chrétien, p. 157 (les italiques sont nôtres).

22. E. Mercenier, La Prière des Eglises de Rite byzantin, Chevetogne, 1948, II, 2, p. 99 ; cité d’après Lovsky L’Antisémitisme chrétien, p. 137.

23. Littéralement : «À notre époque», conformément à l'usage qui consiste à nommer les documents officiels de l'Église par les premiers mots de leur texte. Il s'agit de la Déclaration sur «L'Église et les religions non-chrétiennes», promulguée le 28 octobre 1965. Le texte concernant les juifs figure à l'alinéa 4, après ceux qui sont consacrés aux «diverses religions non chrétiennes» et à la «religion musulmane»; elle porte le sous-titre : «De la religion juive». On sait les aléas qui entourèrent la mise au point de ce texte délicat. Résumé dans René Laurentin, L'Église et les Juifs à Vatican II, Casterman, Paris, 1967 (ci-après, Laurentin, L'Église). Par ailleurs, quiconque est intéressé à l’examen des moutures successives de Nostra Aetate § 4 se reportera avec profit à la traduction présentée sous forme synoptique dans Les Églises devant le judaïsme. Documents officiels 1948-1978, textes rassemblés, traduits et annotés par Marie-Thérèse Hoch et Bernard Dupuy, Cerf, 1980, pp. 321-334 (ci-après, Hoch-Dupuy, Documents officiels).

24. Mercenier, La Prière des Eglises de Rite byzantin, op. cit., p. 99 ; texte cité d’après Lovsky, Mystère d’Israël, p. 162 (les italiques sont nôtres).

25. Synésios, Epître 4, trad. J. Juster, Les Juifs dans l’Empire romain, Paris, 1914, voL II, p. 324 ; texte cité d’après Lovsky, Mystère d’Israël, pp. 161-162.

26. Hilaire de Poitiers, Traité des Mystères, VI-VIII, trad. J.-P. Brisson, Sources Chrétiennes n° 19, Cerf, Paris, 1947 ; texte cité d’après Lovsky, Mystère d’Israël, p. 143.

27. Prudence, Apotheosis, 541-544 ; trad. M. Lavarenne, coll. Belles-Lettres, 1945, p. 22 ; cité d’après Lovsky, L’Antisémitisme chrétien, p. 159.

 

(A suivre)



06-01-2007 | Commentaires (0) | Public
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