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Elie et la conversion finale du peuple juif
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Élie et la conversion finale du peuple juif,

à la lumière des sources rabbiniques et patristiques *

 

 

 

Le thème du rôle eschatologique d'Élie reste une de ces énig­mes qui ont - de tous temps - excité la curiosité plus ou moins saine des fidèles des deux religions sœurs, la juive et la chrétienne.

 

Côté juif, la spéculation n'a guère cessé sur ce thème, et le per­sonnage d'Élie peuple la littérature rabbinique, au point d'en être parfois encombrant. De fait, il est présent partout, que ce soit à Rome au milieu des lépreux ou planant dans le ciel avec les ailes d'un oiseau. C'est un ami du Juif pieux et spécialement des Sages; il les assiste et les conseille. On le consulte sur toutes sortes de questions. Mais sur­tout - et c'est là le point le plus passionnant de la carrière déjà fort prestigieuse et mystérieuse, mais pas encore terminée, de l'illustre prophète - cet Élie-là qui fut jadis enlevé sur un char de feu, et dont Malachie et Ben-Sira nous annoncent l'inéluctable retour eschatolo­gique, ce thaumaturge a une mission toute particulière et - on peut bien le dire avec certitude – indispensable : ramener son peuple à Dieu.

 

La méditation juive n'avait pas à chercher bien loin: toute la typologie eschatologique d'Élie pouvait se déduire des maigres chapi­tres du premier Livre des Rois qui tracent à grands traits les principaux faits de la fulgurante carrière du prophète. Malachie, enfin, était là pour sceller l'espérance du retour de celui qui, comme Hénoch, avait eu l'uni­que honneur d'être enlevé vivant auprès de Dieu. C'était peu, mais c'était capital, et - l'imagination aidant - il y avait là de quoi composer quelques apocalypses et pas mal de récits apocryphes ou pseudépigra­phiques, et nos Juifs ne s'en privèrent pas.

 

Côté chrétien, le problème est plus complexe, et l'embarras des Pères de l'Église primitive est visible. Deux positions tranchées sont en présence. L'une tient qu'Élie est revenu en la personne de Jean ­le Baptiste comme l'affirme Jésus lui-même, sans ambages (Mt 17, 10-13 et parallèles). L'autre position dispose, pour sa part, d'une arme scripturaire tout aussi redoutable (d'autant qu'elle est également néo­testamentaire), et c'est l'affirmation, non moins tranchée, de Jean le ­Baptiste lui-même, telle qu'elle nous est rapportée dans l'Évangile de Jean (1, 21): «Qu'es-tu donc ? lui demandèrent-ils. Es-tu Élie ? Il répondit: Je ne le suis pas!»

 

Ayant traité ailleurs la question de l'équivalence Élie – Jean le Baptiste d'après les Synoptiques et le N.T. (1), je n'y reviendrai pas. Côté chrétien, on ne considérera donc ici que des textes patristiques dont la particularité est d'attribuer à l'Élie qui reviendra à la fin des temps, le rôle de convertir le peuple juif à la foi au Christ Jésus.

 

Ce thème, à première vue rigoureusement chrétien, m'apparaît, en fait, comme basé essentiellement sur la méditation juive du rôle eschatologique d'Élie. En d'autres termes, il me semble que, sans les midrashim et les haggadot, qui nous décrivent le rôle d'Élie comme devant ra­mener son peuple à sa foi et à son Dieu, l'idée ne serait pas si facile­ment venue aux chrétiens d'attribuer à Élie lui-même la conversion du peuple juif au Christ Jésus.

 

Je pense que nous avons ici un excellent exemple de ce qui cons­titue l'une des démarches classiques de la nouvelle religion à ses débuts: la christianisation d'un motif, à l'origine typiquement juif, par l'adjonction de la dimension christologique, et ce, à des fins polémiques et apologétiques.

 

 

I. Littérature rabbinique

 

1. Les textes

 

Le nombre de passages talmudiques et midrashiques où Élie est mis en scène à côté du Messie, est assez impressionnant pour que l'on puisse parler, avec certitude, d'un consensus. Quatre ouvrages modernes abordent - entre autres détails - cet aspect du rôle d'Élie: Le premier est quelque peu vieilli et ne s'occupe que du Messie souffrant; il est l'œuvre de J.J. Brierre-Narbonne (2). Les trois autres sont plus récents et traitent de toutes les facettes de ce personnage exceptionnel, pous­sant leur enquête jusqu'en dehors du judaïsme (christianisme et islam). Le premier des trois est un ouvrage collectif d'origine chrétienne, con­sistant en une série de monographies sur les différents aspects de la per­sonnalité du prophète, avec accent mis surtout sur la spiritualité (3). Le second étudie le rôle d’Élie dans le développement du judaïsme (4) : très docu­menté, il est surtout d'une extrême richesse en références. Le troisième enfin est plus spécialement consacré aux documents apo­cryphes et pseudépigraphiques, depuis les premiers siècles de l’antiquité chrétienne jusqu’au Moyen-Âge (5).

 

Quant aux sources elles-mêmes, elles sont assez nombreuses, et leur extrême dispersion, dans les contextes les plus inattendus, en rend le glanage fort difficile. C'est pourquoi les ouvrages modernes, cités ci-dessus, rendront un service non négligeable. Toutefois, ils ne suffisent pas pour se faire une idée exacte du phénomène, et il est indispensable d'avoir recours aux sources afin de resituer les citations dans leur contexte.

 

Il ne paraîtra pas inutile de revenir sur le principe qui a présidé au choix de cette mince sélection. Un certain nombre de thèmes fonda­mentaux reviennent dans presque chaque contexte où Élie est mis en scène. On a donc essayé de grouper quelques citations représenta­tives de ces thèmes principaux, sans être exhaustif à leur propos, et sans même évoquer d'autres détails mineurs, ou plus exactement, sans portée spirituelle ou théologique.

 

1) Seder 0lam Rabba (6) (IVe ou Ve siècle): «Et dans la deuxième année d'Achaz (fils d'Achab) (1 Rois, 22), Élie fut caché (litt. enfoui) et on ne le verra plus jusqu'à ce que vienne le roi Messie; alors on le verra (à nouveau), puis il sera à nouveau caché et on ne le verra plus jusqu'à ce que viennent Gog et Magog...»

 

2) Michnah Eduyot (ch. 8, Mishnah 7): «J'ai reçu par tradi­tion de Rabban Yochanan Ben-Zakhai, qui l'a lui-même appris de son maître, lequel l'a appris de son maître, comme une prescription reçue par Moïse, au Sinaï, qu'Élie ne vient pas pour déclarer pur ou impur, ni écarter ou rapprocher, mais pour écarter ceux qu'on a introduits (dans la communauté) par l'usage de la force, et y ramener ceux qu'on en a écartés par la force (...) (selon l'opinion de) R. Shimeon: Élie vient résoudre les divergences d'opinions. Et les Sages disent: il ne vient ni éloigner ni ramener, mais établir la paix dans le monde (7), selon qu'il est dit: «Voici que je vous envoie Élie le Prophète (...) Il ramènera le cœur des pères vers les fils et le cœur des fils vers les pères.» (Malachie 3, 23-24).

 

3) Pirkei de-Rabbi Éliezer (aux environs du VIIIe siècle) (8): «Rabbi Judah dit: si Israël ne se convertit pas, il n'est pas racheté, et Israël ne se convertira que lorsqu'il sera dans une profonde détresse, dans la contrainte, dans l'errance, et manquant de tout moyen de subsistance. Et Israël n'accomplit pas de grande conversion tant que ne vient pas Élie, d'heureuse mémoire, selon qu'il est dit: «Voici que je vous envoie Élie le Prophète, avant que ne vienne le jour de Dieu, grand et redou­table; et (Élie) ramènera le cœur des pères vers les fils et le cœur des fils vers leurs pères» (Malachie 3, 23-24).

 

4) Midrash Tehillim (Xe siècle) (9): (je me suis couchée et me suis endormie», dit la Communauté d'Israël; je me suis couchée pour ce qui est de la prophétie, et je me suis endormie pour ce qui est de l'Esprit Saint (10). Il m'a réveillée par l'entremise d'Élie, selon qu'il est dit: «Voici que je vous envoie Élie le Prophète ...», etc.

 

5) Midrash Zuta sur le Cantique des Cantiques (Xe siècle envi­ron) (11): «On ordonne aux Israélites de laisser les Sages qui sont en Madian et c'est impossible, et de laisser leurs frères qui sont à Jéru­salem, et c'est impossible (Et Dieu ouvre une brèche pour Élie et va en Madian, en laissant les Sages qui sont à Jérusalem). Et que fait Élie? Tout le désert qui va de Jérusalem à Madian et qui n'est que granit et bêtes féroces, Dieu lui fait un miracle et il (Élie) vient se pré­senter devant le Messie qui est en Madian, et le Messie s'en va de là et Élie y reste. A la même époque, il sort le livre du Juste (Sefer Ha Yashar), dont la Thora tout entière n'est qu'une faible partie...» etc., etc.

 

6) Targum Palestinien (add. 27031) (12), sur Dt 30, 4: «Même si vos dispersés se trouvaient aux confins des cieux, la parole de L’Eternel (votre Dieu) vous rassemblera de là, par l’intermédiaire d’Élie, le grand-prêtre (13), et de là il vous fera venir, par l’intermédiaire du Roi-Messie.

 

7) Pesikta Rabbati (IXe siècle environ) (14): «On trouve que deux prophètes ont été suscités à Israël ; de la tribu de Lévi, Moïse le premier, et Élie le dernier; (et les deux sauvent) Israël sur mission (di­vine); Moïse les a sauvés d'Égypte par envoi (divin)... et Élie les sau­vera dans l'avenir: «Voici que je vous envoie Élie le prophète» etc. (…) après que Moïse les eut sauvés de l'Égypte en premier lieu, ils n'y sont pas retournés en esclavage. Et Élie, quand il les sauve de la qua­trième (captivité), celle d'Édom, ils ne reviennent plus et ne sont plus asservis, mais c'est un salut définitif.»

 

8) Mishnah Sotah (ch. 9, fin mishnah 15): «... Et l'Esprit Saint amène la résurrection des morts, et la résurrection des morts a lieu par l'entremise d'Élie, d'heureuse mémoire!».

 

9) Talmud de Babylone Sukkah, 52 b : «Et Dieu me montra les quatre forgerons (Za 2, 3). Qui sont ces quatre forgerons? Rav Hana bar-Bizna dit au nom de R. Shimeon Hasida: Le Messie fils de David, le Messie fils de Joseph, et Élie et le Prêtre Juste '" et ils vien­dront les épouvanter, et abattre les cornes des nations qui élevaient la corne contre le pays de Juda afin de le disperser (Za 2, 4)...»

 

10) Midrash Zutah sur le Cantique des Cantiques (15): «Et à nos portes sont les meilleurs fruits» (Ct 7, 14). R. José a déclaré: C'est Élie qui vient et qui dit à Israël: Je suis Élie. Et ils lui disent: Si tu es Élie, ressuscite-nous les morts...».

 

Il est inutile d'alourdir cette anthologie sommaire avec des cita­tions supplémentaires; j'ajouterai seulement que, dans nombre de petits midrashim qui ont été découverts au siècle dernier et au début du XXe siècle, dans des genizah, et ont été publiés dans diverses antho­logies (16), on trouve de fréquentes allusions à Élie comme personnage eschatologique devant précéder ou accompagner le Messie ; dans beau­coup de ces récits, il accomplit des merveilles jusqu'à ressusciter le premier Messie tué et les morts qui se sont jetés eux-mêmes dans la mer (17).

 

 

2. Analyse des thèmes

 

Élie disparaît et reste caché jusqu'aux jours du Messie, et alors il se manifeste, puis il disparaît à nouveau jusqu'à la guerre de Gog et Magog (citation 1). Cet aspect de la double «occultation» (genizah) d'Élie me paraît rare. Je ne l'ai pas trouvé ailleurs, jusqu'ici. Le seul écrit où soient nettement distinguées deux étapes eschatologiques est l'Apocalypse de Jean, au chapitre 20, v. 1-10: «Les mille ans (du règne messianique) écoulés, Satan, relâché de sa prison, s'en ira séduire les nations des quatre coins de la terre, Gog et Magog, et les rassembler pour la guerre, aussi nombreux que le sable de la mer...» (18).

 

Dans la citation n° 2 un aspect frappant est à signaler: la tradi­tion que nous rapporte la mishnah est attribuée à Moïse lui-même - halakha le-moshe mi-sinai, expression qui, dans la phraséologie talmu­dique, connote un argument d'autorité, que l'on utilise généralement pour fonder la Halacha, lorsqu'elle n'est pas attestée, ou qu'on ne peut la déduire d'un texte biblique. Il faut donc comprendre que le rédacteur, ou transmetteur de cette mishnah veut persuader son auditoire que la tradition du retour d'Élie et de son rôle eschatologique remonte à des traditions véridiques. Il est également intéressant de constater qu'il y a divergences de vues en ce qui concerne le rôle exact d'Élie. L'un des Sages lui attribue une fonction dogmatique et cultuelle radicale : intégrer les fidèles ou les exclure, purifier ou déclarer impur ; un autre lui attribue la vertu de résoudre les divergences (mahloqot) (19). Les Sages (Hakhamim), eux, attri­buent à Élie le rôle de faire régner la paix dans le monde. A ce propos, comme signalé plus haut (cf. n. 7) il est significatif que le Talmud de Babylone trans­met la Mishnah avec un léger changement qui est tout sauf minime : Faire la paix «entre eux» (beineihem), allusion nette à une situation qui désolait tellement les pieux Israélites de la période de la fin du Second Temple : la rupture du consensus religieux, et le nombre sans cesse croissant de controverses violentes allant jusqu'au schisme et aux sectes, voire jusqu'aux luttes fratricides. Élie est donc considéré par les Sages comme celui qui rétablit l'harmonie des cœurs et de la croyance en Israël, et ce n'est pas pour rien que la mishnah citée s'appuie précisément sur la fameuse prophétie de Malachie 3, 23-24: «Il ramènera le cœur des pères vers les fils et le cœur des fils vers les pères...».

 

Pour l'auteur du 3ème passage, que nous citons plus haut, Israël ne fait pénitence que lorsqu'il est au fond de la détresse, et même il ne fera une réelle ('grande') pénitence que quand viendra Élie. Ici aussi, on s'appuie sur la prophétie de Malachie. Je pense qu'il faut y voir une allusion au rôle actif d'Élie dans cette conversion du peuple.

 

Dans la 4ème source, c'est un rôle d'Éveilleur («Il m'a réveillée» heqitsoti) qui est attribué à Élie. Qu'il s’agisse là de la résurrection des morts, ou du réveil du sommeil du péché, ou encore que le sommeil soit l'exil et qu'Élie en délivre le peuple, en tout état de cause, c'est toujours le texte de Malachie qui sert de référence (cette fois seulement le début de la citation 3, 23), preuve - s'il en était besoin - que le contexte est eschatologique.

 

La 5ème citation est obscure et difficile à comprendre. Il semble qu'aux temps messianiques, les fidèles abandonnent Jérusalem et ses Sages, pour s'enfuir au désert de Madian, sous la conduite d'Élie, et là, y rencontrer le Messie.

 

Dans le 6ème passage, le Targum de Jérusalem attribue clairement et nettement le rassemblement des dispersés à Élie, qui est considéré comme le grand prêtre (20). Le rôle du Messie est conjoint au sien : ramener les dispersés (en terre d'Israël).

 

Dans la 7e source que nous avons citée plus haut, Élie est mis sur le même pied que Moïse, car, après les deux «Rédemptions», celle d'Égypte, par Moïse, et la finale, par Élie, il n'y a pas de retour en exil; en outre la gueoulah (rédemption) d'Élie est appelée Salut éternel (teshouat olam). De plus, l'origine sacerdotale d'Élie est encore soulignée.

 

Les 8ème et 10ème citations présentent Élie comme artisan de la résur­rection (non point de la résurrection générale, mais de celle d'individus, comme durant sa carrière terrestre). On se souviendra que - selon la tradition rabbinique - c'est là un des signes indéniables du Royaume messianique (Mt 11, 2-6).

 

Dans la 9ème citation enfin, nous trouvons réunis les quatre person­nages messianiques auxquels il est fréquemment fait allusion dans la littérature rabbinique - quoique, généralement, on les y trouve séparé­ment -, à savoir: le Messie fils de David, le Messie fils de Joseph (21), Élie et le Grand Prêtre (appelé ici kohen tsedek = prêtre juste). La comparaison qui est faite entre eux et les quatre forgerons qui abattent «les cornes (c'est-à-dire les puissances) qui ont dispersé Juda, Israël et Jérusalem» (Za 2, 2), prouve le rôle eschatologique guerrier d'Élie, tel que nous le rencontrerons un peu plus loin, chez l'écrivain nestorien, Narsaï de Nisibe. Toutefois il convient de souligner l'expression: «Élie et le prêtre juste» (20). Ce titre de kohen Tsedek (22) ne se trouve qu'à cet endroit dans le Talmud. Il est d'autant plus surprenant de le trouver sous la plume de l'exégète nestorien (et donc chrétien) déjà cité, Isho‘dad de Merw (23).

 

 

3. Synthèse

 

 

Sans entrer ici dans les détails, nous pouvons déjà constater que, le Messie mis à part, la Tradition Juive a fait d'Élie le premier person­nage central de son eschatologie. Nous avons vu que la base biblique est trop étroite pour qu'on ait pu en venir, à partir d'elle seulement, à de telles conceptions. Même la survie miraculeuse d'Élie ne peut justifier un si glorieux destin; en effet, dans la tradition juive, Élie doit partager cette faveur exceptionnelle avec un nombre non négligeable de person­nages : Hénoch, Serah bat Asher, et d'autres (24).

 

Déjà du temps de Jésus, cette croyance au rôle précurseur d'Élie était vivace, puisqu'elle nous vaut le problème, évoqué plus haut, concernant l'identité, réelle ou typologique : Jean-Baptiste = Élie. De plus, la ques­tion posée par les envoyés des Juifs à Jean le Baptiste : Es-tu Élie?... prouve - s'il en était besoin - que cette conception n'était pas le fait de quelques exaltés plus ou moins sectaires.

 

A tout le moins peut-on dire que la position du judaïsme, à pro­pos du rôle eschatologique d'Élie, est claire et sans problème. Le Mes­sie étant encore à venir, son précurseur et coadjuteur, Élie, l'est aussi.

 

C'est pourquoi, la coutume pieuse veut qu'on laisse la porte ouverte lors de la célébration du repas pascal (Seder) à Pâques, où l'on remplit même un verre de vin pour Élie (kos eliahou), ce dernier étant susceptible de venir à l'im­proviste. Et, au terme du Shabbat, on chante pour hâter sa venue (25).

 

Beaucoup moins simple est la position du christianisme sur ce point délicat. En bonne logique, on ne devrait plus, en chrétienté, ­attendre le retour d'Élie, puisque Jésus lui-même a affirmé: «Je vous le dis : Élie est déjà venu.» (Mt 17, 10-13; cf. Mc 9, 11-13). Pourtant, comme nous le verrons dans l'analyse des textes de Pères et écrivains ecclésiastiques chrétiens, Élie continue d'être considéré, par la croyance générale de la chrétienté, comme le personnage-clé de la Fin des Temps. En effet, que le Messie soit déjà venu "dans la chair" ne change pas grand-chose à l'eschatologie chrétienne, puisque le Fils de l'Homme reviendra ou, si l'on préfère, 'viendra' « dans la gloire, pour juger les vivants et les morts » (selon le Credo). Toutefois, il y a une nuance de taille dans le scénario. Un obstacle insurmontable a été posé : le peuple juif, qui n'accepte pas les règles du jeu exégétique chrétien. Devant cette résistance, aussi inattendue que sans faille et farouchement convaincue, le rôle escha­tologique d'Élie tel que le conçoivent certains Pères de l’Eglise, va se déplacer sur son axe ; le Tishbite restera bien celui qui introduit le Temps de la Fin, celui qui "préparera au Seigneur un peuple au cœur bien disposé" (cf. Lc 1, 17) ; et comme il va de soi que les chrétiens n'ont pas un tel besoin, c'est donc du peuple juif que se chargera plus spécialement Élie, le précurseur du Messie.

 

 

 

 

II. Littérature patristique et chrétienne

 

 

1. Les textes

 

Il convient de corriger quelque peu ce qui vient d'être dit précé­demment, afin d'éviter toute ambiguïté. Loin qu'il existe un consensus unanime des Pères et des théologiens (26) à propos du rôle eschatologi­que d'Élie, on peut dire, au contraire, qu'en dehors de quelques Pères et écrivains ecclésiastiques que nous allons citer ci-après, l'opinion qui prévaut généralement dans la tradition chrétienne semble bien être qu'Élie est revenu en la personne de Jean le Baptiste. Il n'empêche que les arguments théologiques et exégétiques de ceux qui croient en la venue eschatologique du Tishbite nous paraissent mériter quel­que considération. Toutefois, il convient de remarquer que, même chez ceux-là, il est assez rare de trouver trace du rôle d'Élie dans la conversion du peuple juif. Ce sont, bien entendu, les textes qui font allusion à cet événement eschatologique qui seront cités ci-après.

 

1) L'Apocalypse de Pierre. Texte éthiopien (27): parle du retour futur d'Israël, dans un texte malheureusement obscur et lacunaire. Pierre y demande au Seigneur la signification de la parabole du figuier. «Et le Maître répondit et me dit : Ne comprends-tu pas que le figuier est la maison d'Israël...» Il est question du figuier qui ne porte pas de fruit, puis de la venue de l'Antéchrist ; ensuite il ressort d'un texte peu clair que les Juifs auront envers l'Antéchrist la même attitude que celle qu'ils ont eue vis-à-vis du Christ. Il semble qu'il faille comprendre qu'Israël perçoit la méchanceté de l'Antéchrist et ne le suit pas. Puis le texte poursuit: «Et quand ils le rejetteront, il tuera avec son épée, et il y aura de nombreux martyrs. Alors les bourgeons du figuier, c'est­-à-dire la Maison d'Israël, sortiront: beaucoup recevront le martyre de sa main. Hénoch et Élie seront envoyés pour leur apprendre que c'est le trompeur qui viendra dans le monde et fera des signes et des miracles pour tromper [cf. Mt 24, 24]. Et alors ils mourront de sa main et seront martyrisés et seront reconnus parmi les bons et vrais martyrs qui ont plu à Dieu pendant leur vie» (28).

 

2) Hippolyte de Rome (170-236) : lui aussi (et - semble-t-il - un des premiers Pères à penser de la sorte), prévoit la conversion du peuple juif à la fin du monde. S'appuyant sur la prophétie des soixante-dix semaines de Daniel (Dn 9, 24-27), il écrit: «(Daniel) a donc voulu prédire la dernière semaine d'années, à la fin du monde. Les deux prophètes Hénoch et Élie en occupent la moitié et incitent sans aucun doute à la pénitence le peuple (juif), et toutes les nations.» (De l'An­téchrist, 43 : PG X, 762).

 

3) Victorin de Pettau (mort vers 304): lui aussi lie la conver­sion des Juifs au retour d'Élie et à la prophétie de Malachie (ch. 3): « "Un ange descendant du soleil levant" : le texte parle du prophète Elie, qui doit venir avant le temps de l’Antéchrist, pour restaurer les Eglises et les affermir contre l’intolérable persécution. C’est ce que nous lisons lors de l’ouverture du livre, de l’Ancien Testament aussi bien que de la proclamation nouvelle. Car le Seigneur dit par Malachie : "Voici que je vous envoie Elie le Thesbite pour tourner les cœurs des pères vers les fils et le cœur de l’homme vers son prochain" [Mal. 4, 5-6], c’est-à-dire vers le Christ par la pénitence. "Tourner les cœurs des pères vers les fils" résume la seconde phase de l’appel : amener les juifs à la foi du peuple venu après eux. C’est pourquoi on nous montre le nombre de ceux qui, même parmi les juifs, accéderont à la foi, ainsi que la grande multitude issue des nations. » (Victorin de Poetovio, Sur l'Apocalypse et autres écrits, VII, Édit. M. Dulaey, Sources Chrétiennes n° 423, Cerf, Paris, 1997, p. 85. (29)

 

4) Augustin (mort en 430 environ) : prévoit la conversion future d'Israël: «Que, par ce grand et admirable prophète Élie, la loi doive être exposée aux Juifs, aux derniers temps avant le jugement, et que les Juifs doivent croire au vrai Christ, c'est-à-dire au nôtre, (cette idée) est très répandue dans les paroles et le cœur des fidèles.» (Cité de Dieu, XX, 29: PL XLI, 704; cf. aussi Ibid. XX, 30, 3). «En ces jours-là, les Juifs, ceux qui doivent voir l'Esprit de Grâce et de miséricorde [cf. Za 12, 10], se repentiront d'avoir insulté le Christ dans sa passion, lorsqu'ils le verront venir dans sa majesté, et qu'ils le reconnaîtront, lui dont leurs parents ont d'abord raillé l'humilité ; mais leurs parents, les auteurs d'une telle impiété, en ressuscitant, le verront ; ils seront déjà punis, mais pas encore châtiés (…) Cependant, ceux qui doivent croire, en ce temps-là, par l'intermédiaire d'Élie, viennent de leur lignée (...) C'est pourquoi nous apprenons que (les événements) suivants arriveront lors de ce jugement, ou tout proches de lui : (la venue d') É­lie le Tishbite, la foi des Juifs, la persécution de l'Antéchrist, le juge­ment du Christ, la résurrection des morts, la résurrection des bons et des méchants, la conflagration du monde et sa rénovation.» (Cité de Dieu, XX, 30, 3, 5; PL XLI, 706, 708)

 

5) Hilaire de Poitiers (315-367): rattache directement la concep­tion du salut d'Israël à la fin du monde, à la venue d'Élie et à l'accom­plissement de la prophétie de Malachie: «(Le Christ) leur répond qu'Élie reviendra pour restaurer toutes choses (Mt 17, 11), c'est-à-dire pour appeler de nouveau à la connaissance de Dieu ce qu'il trouvera d'Israël. Ces paroles signifient que Jean [le Baptiste] est venu, dans la vertu et l'esprit d'Élie» (Commentaire sur Matthieu, XVIII, 4: PL IX, 1015).

 

«De même qu'une partie des Juifs a cru par les apôtres, de même elle croira par Élie, et elle sera justifiée par la foi» (ibid. XXVI, 5; PL IX 1058; cf. aussi: Traité des Mystères II, 15).

 

6) Diodore de Tarse (mort vers 390): D'après lui, seuls seront sauvés, en Israël, ceux qui répondront à l'appel d'Élie. Le «Tout Israël» de St Paul ne désigne pas l'ensemble du peuple juif, mais «ceux qui seront appelés par Élie ou ceux qui, rassemblés par lui, alors qu'ils sont dispersés dans le monde, voudront venir à la foi» (30).

 

7) Jérôme (342-420), dans son Commentaire sur Malachie (III, IV, 5-6: PL XXV, 1578), affirme que «les Juifs et les hérétiques judaïsants pensent qu'Élie doit venir avant leur Messie et qu'il rétablira toutes choses».

 

8) Cyrille d'Alexandrie (mort en 444). Pour lui aussi, Israël se convertira, à la fin des temps (voir Commentaire sur Isaie I, I, 15; III, II, 29, 22-23). Dans un autre écrit, après avoir cité la prophétie de Malachie, il commente : «Celui-ci (Élie), lorsqu'il viendra, ramènera l'intraitable Israël, ainsi qu'il convient ; il le sortira de la longue colère (de Dieu), il le rendra ami du Christ, et en paix avec Lui» (Glaphyres sur la Genèse, V, 3: PG LXIX, 262).

 

9) Théodore de Mopsueste (350-428). Malgré la rareté des frag­ments de son œuvre qui ont survécu, il apparaît nettement que c'est de lui - tout au moins pour ce qui est de l'École d'Antioche et du cou­rant nestorien - que remontent un assez grand nombre de traditions exégétiques de cette Église (31). Nous citerons ici un résumé du Com­mentaire de Malachie 3, 22-24, par l'évêque nestorien, Isho‘dad de Merw (IXe siècle): «Rappelez-vous, dit (Malachie), et n'oubliez pas la Loi que je vous ai imposée par l'intermédiaire de Moïse, (et) dont le tout premier signe qu'elle est observée est que vous accueilliez le Christ qui y est attendu, quand il apparaîtra pour votre salut et (celui) de tous (les hommes). Mais parce que, même au moment de son apparition [celle de Jésus "crucifié sous Ponce-Pilate"] sur la terre, vous montrerez votre incrédulité, je vous enverrai, avant sa seconde venue du ciel, Élie le Tishbite, pour unir entre eux les divisés, etc. Ceci donc suivant l'Interprète» (c'est-à-dire Théodore de Mopsueste) (32).

 

10) Théodoret de Cyr (393-466). Lui aussi repousse le salut d'Israël à la fin des temps. On retrouve chez lui le schéma du retour d'Élie selon la prophétie de Malachie. C'est à la lumière de ce texte qu'il interprète Romains 11 : «Et l'Apôtre affirme plus vigoureuse­ment le salut futur des Juifs grâce à Élie le Tishbite» (Commentaire sur Ezéchiel, XLVIII, PG LXXXI, 1254).

 

Et dans son Commentaire sur l'Épître aux Romains (XI, 25, PG LXXXII, 180), il écrit: «La cécité a frappé une partie d'Israël jusqu'à l'entrée de la totalité des païens, et ainsi, tout Israël sera sauvé [cf. Rm 11, 26] (...) (St Paul) exhorte à ne pas désespérer du salut des autres (la partie qui n'est pas sauvée). En effet, après que les Gentils auront reçu la prédica­tion, ceux-là mêmes [les Juifs] croiront, quand le grand Élie sera venu, et leur aura apporté la doctrine de la foi... Le témoignage du Prophète l'établit.»

 

       Il est intéressant également de noter la citation suivante de Théo­doret, reproduite en syriaque par Isho‘dad de Merw, en ces termes: «Théodoret dit que ces trois ans et demi (de Daniel 12, 12) constituent le temps où régnera l'Antéchrist à la fin, et les quarante-cinq jours (le temps) à partir (du moment) où le Fils de la perdition sera condamné et qu'Élie triomphera, et qu'il détournera tout homme de (l'Antéchrist), admonestera les Juifs et prêchera Notre Seigneur, jusqu'à ce que Notre Seigneur apparaisse du ciel» (Isho‘dad sur Daniel 12, 12) (33).

 

Et encore, sur Daniel 12, 1: «'En ce temps-là se lèvera Michel, le grand Prince qui se tient prêt pour les enfants de ton peuple'. Il veut dire: l'Archange, à la tutelle duquel vous êtes confiés, viendra au se­cours des combattants. Et cela deviendra clair à l'aide d'une autre interprétation. En effet, Dieu dit aux Juifs, par Malachie le prophète: 'Voici que je vais vous envoyer Élie le Tishbite, avant que ne vienne le Jour du Seigneur, grand et subit ; c'est lui qui ramènera le cœur du père vers le fils, et le cœur de l'homme vers son prochain (Septante), de peur que je ne vienne frapper la terre d'anathème.' Il nous enseigne donc que, lors des entreprises de l'Antichrist, apparaîtra le grand Élie, proclamant aux Juifs l'avènement du Seigneur, et il en convertira beau­coup. C'est ce que signifie en effet: 'Il ramènera le cœur du père vers le fils', c'est-à-dire (il ramènera) les Juifs à ceux qui étaient destinés à croire parmi les nations. Ceux-là [les Juifs], en effet, il les appelle pères, en tant que plus anciens pour ce qui est de la connaissance. C'est pourquoi 'il ne dit pas: 'Il ramènera le cœur du fils vers le père', mais 'le cœur du père vers le fils', il assimile en effet le Juif qui croira, à l'Église. Et du fait que, pour ce qui est de la connaissance, le Juif est plus ancien, alors que la nature de ces deux est une, c'est avec raison qu'il poursuit: 'Et le cœur de l'homme vers son prochain', enseignant (par là) que, certes, leur nature [celle des Juifs et des chrétiens] est une, mais que la connaissance divine a été donnée aux Juifs d'abord. C'est en raison de leur incrédulité qu'ils se sont avérés être les derniers. Mais quand ils croiront, par la prédication du grand Élie, ils seront assimilés à ces nations qui se sont saisies du salut qui leur était envoyé, et ils seront consommés en une seule Église» (PG 81, col. 1533).

 

 

2. Analyse des thèmes

 

Le fragment de l'Apocalypse de Pierre cité plus haut est intéressant à plus d'un titre. Israël y est comparé au figuier de l'Évangile, desséché par Jésus. L'intention favorable aux Juifs est nette ; alors que Jésus dit au figuier: «désormais tu ne porteras plus de fruit!» (Mt. 21, 19), notre écrit nous déclare avec assurance: «Alors les bourgeons du figuier, c'est-à-dire la Maison d'Israël, sortiront...» - ce qui semble bien être une allusion à Is 27, 6 : «A l'avenir Jacob s'enracinera, Israël bourgeonnera et fleurira...»

 

Autre élément curieux dans cet écrit : «Hénoch et Élie sont envoyés à Israël pour leur apprendre que c'est le trompeur qui viendra dans le monde et fera des signes et des miracles pour tromper.» On peut s'étonner de cette prémonition - précisément chez les Juifs - prédite dans un écrit chrétien. Il semble donc que cette apocalypse ait vu le jour dans un milieu judéo-chrétien.

 

Hippolyte de Rome (170-236) s'appuie sur Daniel 9, 24-27, c'est­-à-dire la prophétie des 70 semaines, pour décrire les événements de la Fin. Pour lui, il est clair qu'Hénoch et Élie (34) reviennent, quoique leur mission auprès des Juifs ne soit pas exclusive, car «ils incitent sans aucun doute à la pénitence le peuple (juif) et toutes les nations» (35).

 

Chez Victorin de Pettau (mort en 304), les choses sont beaucoup plus subtiles, et l'intention apologétique est nette. La prophétie de Malachie est utilisée pour caractériser le rôle d'Élie comme convertis­seur du peuple juif à la foi... au Christ : «Voilà que je vous envoie Élie, le Tishbite, pour tourner le cœur de l'homme vers son prochain, c'est­-à-dire vers le Christ, par la pénitence.» Mieux, les Juifs doivent se rallier au «peuple qui leur a succédé», c'est-à-dire l'Église. Ainsi comprend Victorin le «tourner les cœurs des Pères (Juifs) vers les Fils (chrétiens).»

 

On trouve même chez cet écrivain une chose surprenante, signa­lée plus haut (n. 29) : les 144.000, qui suivent l'Agneau partout où il va, sont des Juifs convertis à Jésus par Élie !

 

Là encore, il est clair que le dialogue existe bien avec les Juifs, et cet écrit, lui aussi, malgré son caractère ecclésial prononcé, appartient sans doute à un courant qui n'a pas renoncé au lien indissoluble avec l’"Israël selon la chair", bien que sa perspective de l'unité finale des deux peuples soit renvoyée aux calendes de l'Histoire.

 

Il serait inutile d'examiner successivement chacun des textes cités ci-dessus, d'Augustin à Théodoret de Cyr (à savoir, Hilaire de Poitiers, Diodore de Tarse, Cyrille d'Alexandrie, Théodore de Mop­sueste), car ils ont à peu près tous la même structure : attente et espérance d'une conversion des Juifs, à la Fin des temps, par l'entre­mise d'Élie ; conversion considérée comme une adhésion de foi au Christ Jésus.

 

 

3. Synthèse

 

Il n'est pas nécessaire de revenir sur le problème abordé dans l'Introduction, concernant les deux courants divergents à propos d'Élie. Disons, pour faire bref, que ceux des Pères et écrivains chrétiens qui pensent qu'il faut prendre à la lettre les paroles de l'Évangile, au sujet de Jean-Baptiste identifié à Élie, ne s'occupent plus du prophète et n'envisagent même pas son retour eschatologique, ce qui est normal.

 

Pour ce qui est du second courant qui tient pour un retour eschatologique d'Élie, je n'ai pas cru devoir citer des textes qui affirment la chose sans plus, ce qui ne fait guère progresser la recherche. Par contre, j'ai mis l'accent sur des passages qui assignent à Élie le rôle de convertisseur de son peuple, en particulier, parce que c'est dans ceux-là que l'on trouve le plus d'éléments concrets sur le rôle d'Élie. Il semble plausible que certains Pères aient été influencés par des apocalypses, telles, entre autres, celles d'Élie et de Pierre (36), et d’autres écrits apocryphes et pseudépigraphiques. Mais ce point nécessiterait une solide étude sui generis, pour qu'on puisse en tirer des conclusions utiles.

 

L'élément le plus remarquable qui se dégage de cette brève sélec­tion de textes est celui-ci : Le rôle d'Élie, comme 'convertisseur' du peuple juif, à la fin des temps, apparaît bien comme le décalque de celui de Jean le Baptiste, lors de la «première venue» du Christ dans la chair.

 

Certes, la chose n'est pas toujours exprimée, mais l'idée est sous-­jacente dans la quasi-totalité des cas; on le voit surtout par l'image d'Élie et la façon dont est décrite son action de prédicateur: il précède le Messie (= Jésus), il restaure et convertit... C'est exactement l'image que les Évangiles nous présentent de Jean le Baptiste.

 

Je reviendrai sur ce point dans la conclusion générale, outre que je m'efforcerai de déceler sous quelle influence et par quel processus les Pères et les écrivains chrétiens en sont arrivés à une telle concep­tion du rôle d'Élie.

 

 

III. LES NESTORIENS

 

J'ai cru bon de consacrer un chapitre particulier à cette Église schismatique, car il s'avère qu'on trouve, chez certains de ses écri­vains, un bon nombre de traditions juives - fait déjà remarqué par Levene et Jansma (37) -, ou, à tout le moins, judéo-chrétiennes, provenant surtout des apocryphes et des pseudépigraphes (38).

 

Pour ce qui est des traditions juives, on en a vu un bel exemple, plus haut, avec le kohen tsedeq, du Talmud Souccah, et le kahna zadiqa, de l'exégète nestorien, Isho‘dad de Merw (39) ; on en citera un également en ce qui concerne les apocryphes. Dans une de ses homélies escha­tologiques, Narsaï de Nisibe appelle l'Antéchrist 'Impudent' (40), et c'est bien ainsi qu'il est appelé dans l'apocalypse copte d'Élie (41), entre autres. Nous aborderons successivement deux écrivains fort différents l'un de l'autre : Narsaï (Ve siècle) tout d'abord, le plus apo­calyptique, le plus prolixe aussi ; puis, le fameux compilateur exégète, lso'dad de Merw (IXe siècle),

 

 

A. Narsai (Ve s.)

 

1. Textes

 

Pour Narsaï je ferai une exception à la règle que je me suis fixée et je citerai, après un premier texte consonant avec la prophétie de Mala­chie, un autre extrait, assez long, d'une homélie mettant en scène Élie dans un contexte, certes, fort apocalyptique, mais sans la connotation de conversion du peuple juif.

 

«Le Rebelle réalisera tout ce qu'il veut par le fils de perdition, et alors, le Créateur placera sur la terre un signe de miséricorde: Élie apparaîtra soudain et contiendra l'impétuosité du Trompeur; et il fera cesser sa course, pour qu'il ne fasse pas trop glisser tout homme. C'est à cette condition qu'Élie sera envoyé, à la fin des Temps, pour venir ordonner toutes choses [cf. Mc 9, 12] avant la manifestation du Christ. Élie viendra d'abord, pour faire taire les voix de l'erreur, et ramener le cœur des pères, pour qu'ils soient corrigés par leurs fils (cf. Ml 3, 24). Le roi enverra à la terre habitée un messager plein de paix, pour que, par la révélation de ses paroles, il tempère l'amertume du Coléreux. Par lui, comme (par) une lampe, il illuminera les ténèbres dans la science, et par lui, comme (par) un guide, il ramènera les égarés dans le chemin de la vie. Par les paroles d'Élie prendront fin les paroles du Trompeur, et les captifs trancheront leurs filets et reviendront de l'iniquité. Élie sèmera en abondance des paroles de contrition, et accroîtra, par la rosée de ses paroles, le repentir du peuple et des peuples [= Juifs et Nations]. Dans l'ordre où servit Jean, avant sa manifestation terrestre (celle de Jésus), dans le même (ordre) viendra Élie, avant sa manifestation céleste. Il s'est choisi deux hérauts charnels dans ses deux manifesta­tions, pour qu'ils lui préparent sur terre des demeures d'amour dans l'âme. Jean a annoncé sa naissance, et Élie sa manifestation, mais leur signe à eux deux est unique : ramener à lui les perdus. Élie multi­pliera les avertissements: 'Voici que la fin est proche désormais ; revenez de (votre) errance, égarés, dans la voie sereine de mes paroles'» (42).

 

Les deux autres textes de Narsaï, que nous abordons maintenant, n'ont rien à voir avec le thème principal de ces pages. Je crois cependant utile de les citer assez largement, car ils sont représentatifs d'un genre - fort peu répandu, à ma connaissance, au moins dans la littérature chrétienne tardive -, et rappellent très nettement le genre apocalyptique, tel qu'on le trouve, par exemple, dans les écrits sectaires intertestamentaires. Toutefois, étant donné leur longueur, on ne les commentera que fort brièvement.

 

«Il (c'est-à-dire un signe caché) enverra un messager (pris) parmi nous vers sa méchanceté, et il fera taire son tumulte par le bruit de ses paroles. Comme le rayon d'une sphère, il apparaîtra soudain, et il chassera de l'humanité les ténèbres de ses turpitudes. Tel un comman­dant, le fils des étrangers (43) sortira à sa rencontre, et il lui arrachera les hommes captifs, par la puissance de l'Esprit; il viendra à la fin, le prophète de l'Esprit, pour aller combattre contre le Rebelle, qui explique (sa) fraude. Il combattra spirituellement contre le Fraudeur, et il lui montrera qu'il y a dans notre corps la puissance de l'Esprit. Au moment où il croit réaliser son désir dans les (êtres) corporels, un (être) corporel apparaîtra et révélera son mensonge. Au jour où il pense qu'il a déjà régné sur toutes choses, un homme élèvera la parole de sa bouche et il l'humiliera. D'entre nous, l'homme sortira (pour combattre) contre celui qui est rempli d'orgueil, et il lui livrera bataille publiquement, à la vue de toutes les créatures. L'Esprit armera un soldat de notre camp, et l'enverra faire la guerre contre sa furie. Dans notre corps, il (Satan) a combattu contre notre liberté et elle fut vaincue par lui, mais par notre corps il sera vaincu, lui aussi, et tous se moqueront de lui. C'est par le corps, qu'il a vu corrompu par ses convoitises, qu'Élie, lui aussi, montrera sa vaillance. Le corps qui a résisté à la corruption de la mort avide fera la guerre contre le Rebelle qui a introduit la mort. Une grande guerre aura (lieu) sur la terre, à la fin des temps, dans laquelle deux (êtres) corporels lutteront avec deux puissances; ils revêtiront, comme armure sur leurs sens, la vérité et la fraude, et ils (se) lanceront les flè­ches de leurs paroles l'un contre l'autre. Le fils des étrangers se ceindra entièrement de la vérité, et le fils de la perdition sera vêtu de l'apparence du mensonge. Le fils de la droite sera revêtu de la cuirasse de la justice, et le fils de perdition sera habillé avec les guenilles de l'abominable iniquité. Le casque de la foi a été posé sur le prophète de la vérité, et la coupe de la fraude a été placée sur la tête de l'ouvrier trompeur. Le juste combattra vaillamment au nom de la justice, et celui qui est totalement inique déversera des paroles de mensonge. Mensongère­ment le méchant combattra avec le Malin, son compagnon, et vraiment la vérité triomphera par la bouche d'Élie» (44).

 

Ph. Gignoux observe fort justement (45) : à ce stade, «ce combat n'est pas seulement un combat singulier, c'est aussi le combat contre toutes les puissances du mal, contre les démons et les hommes pervers, mais, de même qu'Élie l'a emporté sur les prêtres de Baal, de même, il vaincra dans ce combat, que nous décrivent aussi l'homélie n° 51 et, d'une manière plus ample, un passage de l'homélie n° 52» (46).

 

«L'égaré réalisera toute sa convoitise auprès des égarés, jusqu'à ce que le fils des étrangers sorte pour combattre contre lui. Le fils des étrangers sortira à la rencontre du fils de perdition, et il fera cesser son tumulte par la puissance de l'Esprit. L'Esprit équipera l'homme charnel d'une arme spirituelle, et l'enverra faire la guerre contre Satan. Les hommes et les (êtres) célestes verront une grande merveille, lorsque les démons et les hommes lutteront contre un seul homme. Lui seul mènera le combat contre des multitudes et des légions de guerriers seront vaincues par lui. Il descendra comme un athlète et se tiendra entre leurs rangs, et il élèvera sa voix, et les armées du Malin en trembleront. La création sera dans le stade pour son combat, et le monde se rassem­blera pour voir la lutte d'un seul (être) contre des milliers. Il se tiendra au milieu, dans le théâtre du combat, et les (êtres) terrestres et célestes le considéreront (...) le fils des étrangers fera luire sa parole comme une épée, et le Haïsseur s'enfuira et ne pourra l'emporter devant ses paroles. Les paroles de celui qui est plein de zèle seront des flèches acérées, et il enfoncera le camp des démons. Des milliers de mille et des myriades (d'êtres) l'observeront et s'enfuiront se cacher, comme des renards dans leurs tanières. Il fera une guerre terrible contre les armées du Malin, jusqu'à ce qu'apparaisse le Roi de la hauteur et qu'il l'aide.»

 

 

2. Analyse des thèmes

 

Première constatation évidente: aucune allusion nette n'est faite par Narsaï (à tout le moins dans les extraits abordés ici) au rôle eschato­logique d'Élie comme «convertisseur à la foi au Christ Jésus», toutefois, il semble certain que cette conception était connue du directeur de l'École de Nisibe, et qu'il l'a faite sienne. Le premier ex­trait, cité ci-dessus, semble aller dans ce sens, puisqu’il compare les deux missions de Jean le Baptiste = Élie, dont le but était le même (selon Narsaï), à savoir, «ramener à lui les perdus», et en tenant compte du fait que tant Jean le Baptiste que Jésus ne furent envoyés qu'aux Juifs (cf. Mt 15,24), il semble bien que Narsaï considère comme étant du rôle d'Élie de convertir (entre autres) les Juifs. Un autre passage de l'extrait cité semble corroborer cette impression ; il y est dit en effet: «Élie viendra d'abord, pour faire taire l'erreur et ramener le cœur des pères, pour qu'ils soient corrigés par leurs fils» (47). L'allusion à Malachie ne doit pas en faire oublier une autre, qui semble encore plus forte. Dans l'Évan­gile de Matthieu 12, 22-29, Jésus est accusé de chasser les démons par la puissance de 'Beelzéboul, le prince des démons' (v. 24). A cette accu­sation, il répond : «Si moi, c'est par Beelzéboul que j'expulse les démons, vos fils (48), par qui les chassent-ils ? Aussi seront-ils eux-mêmes vos juges» (v. 27). D'après une tradition chrétienne tenace (49), ces 'fils', auxquels fait allusion Jésus, sont les Disciples eux-mêmes, lesquels constituent une génération nouvelle qui, bien qu'issue des pères que sont les scribes et les pharisiens, ne suivront pas leurs traces, mais celles du réformateur religieux thaumaturge.

 

Mais la phrase la plus révélatrice est bien la dernière de cette citation, qui nous apprend qu'Élie amènera au repentir «le peuple et les peuples»; comme dit plus haut, il s'agit des Juifs et des Nations (50). Ainsi, la cause paraît entendue : la conversion des Juifs est attendue et prévue par Narsaï pour la fin des temps, et elle sera l'œuvre d'Élie.

 

Toutefois l'élément le plus remarquable des extraits des deux homélies de Narsaï, cités plus haut, est, sans conteste, le rôle de 'Champion de Dieu' joué par Élie dans son combat singulier contre l'Antéchrist. Il serait intéressant de pouvoir déterminer les sources du célèbre commentateur nestorien, afin d'être en mesure de retracer l'origine et l'évolution de ce thème ; malheureusement nous en ignorons presque tout, à ce stade de la recherche tout au moins.

 

Le seul écrit qui présente quelque affinité (lointaine) avec ces textes étranges est - à la rigueur - le «Rouleau de la Guerre des Fils de Lumière contre les Fils des Ténèbres», découvert dans le désert de Juda. Le rôle d'Élie, décrit comme «un athlète qui se tient dans les rangs des combattants», rappelle celui du premier prêtre (hakohen ha-ehad) de la Règle de la Guerre (VII, 12), dont il est dit qu'il «ira sur le front de tous les hommes de la ligne (de bataille) pour fortifier leurs mains dans la guerre.» D'ailleurs, en général, le caractère cultuel du combat est marqué dans ces deux écrits, au demeurant fort dissemblables, et dont les sources sont, sans aucun doute, très différentes.

 

Il a paru utile de consacrer un paragraphe particulier au célèbre écrivain estorien. En effet, ces textes étranges, si curieusement dénués de parallèles, semble-t-il, doivent bien remonter à quelque tradition. A mon avis, Narsaï a utilisé des écrits apocalyptiques juifs aujourd'hui disparus (à l'exception de quelques bribes, souvent douteuses, con­servées dans des compilations hébraïques tardives, sur lesquelles il est difficile de fonder des hypothèses scientifiques sérieuses). Cependant il importe de souligner que, même en faisant l'économie de cette hypo­thèse d'une influence d'écrits apocalyptiques juifs apocryphes sur Narsaï, il est clair que ce dernier a retenu la typologie d'Élie, que nous connaissons bien d'après la Bible (I Rois). En effet, il n'est pas besoin d'aller chercher loin pour trouver la typologie du 'Champion de Dieu et de l'orthodoxie', qu'utilise Narsaï dans les fragments analysés ci-dessus : elle ressort fort nettement des actions d'Élie, telles que nous les relate la Bible. Élie est bien seul contre tous : « Je suis resté moi seul et ils cherchent à m'enlever la vie» (51) ; il est bien le prophète zélé et le vengeur impitoyable de l'Alliance divine: «Je suis rempli d'un zèle jaloux pour L’Eternel Sabaoth, parce que les Israélites ont abandonné ton alliance...» (52). Seul, il s'oppose à tous les faux prophètes ; seul, il tient tête au tout-puissant Achab et à la redoutable Jézabel. Bref, on peut dire que Narsaï trouve, dans le Livre des Rois, tous les éléments fonda­mentaux susceptibles de l'aider à composer sa figure de l'Élie eschato­logique, luttant seul face à l'Antéchrist, au milieu de la corruption et de l'apostasie générales.

 

 

3. Synthèse

 

Malgré tout ce qui vient d'être dit, il reste bon nombre d'éléments qui sont propres à Narsai et n'ont certainement pas pu être imaginés à partir de situations bibliques connues. Je l'ai dit, il se peut que ces éléments proviennent d'écrits apocalyptiques juifs ou judéo-chrétiens. En outre, ces textes comportent des éléments ésotériques originaux fort nets ; par exemple, l'insistance sur le rôle du corps dans cette lutte étrange, décrite par Narsai, entre deux êtres corporels investis chacun d'une puissance surnaturelle.

 

Autre aspect qui demande une élucidation particulière : le genre de combat décrit est verbal, mais il est fatal et même mortel ; et il faut bien avouer que nous ne savons guère ce qu'entend Narsaï par des phrases telles que : «(Élie) fera cesser son tumulte (celui de l'Antéchrist) par la puissance de l'Esprit.» Ou bien: «L'Esprit équipera l'homme charnel d'une arme spirituelle (...) et il élèvera sa voix, et les armées du Malin en trembleront» (53).

 

De même, il nous est difficile de nous imaginer comment «le monde se rassemblera pour voir la lutte d'un seul contre des mil­liers».

 

Seul point d'appui à peu près sûr: l'Apocalypse. Une phrase telle que : «le Fils des Étrangers (= Élie) fera luire sa parole comme une épée (...) ; les paroles de celui qui est plein de zèle seront des flèches acérées, et il enfoncera le camp des démons», rappelle assez bien les deux témoins de l'Apocalypse (11, 3ss) qui «prophétiseront pendant 1260 jours, revêtus de sacs» (v. 3), et dont il est précisé : «si l'on s'avi­sait de les malmener, un feu jaillirait de leur bouche pour dévorer leurs ennemis» (54) ; etc.

 

Bref, Narsaï garde le cadre de l'Écriture dans ses deux poèmes religieux, avec, toutefois, bien des notes personnelles qui mérite­raient une étude spéciale, tant pour la question des sources que pour celle du but spirituel ou apologétique poursuivi par l'auteur.

 

Pour terminer, il ne sera peut-être pas inutile de risquer l'hypo­thèse que cet aspect de 'Champion de Dieu', qui semble propre à Narsaï, soit, en fait, une tradition patristique (antiochienne ?) recueillie par les Nestoriens. On sait, en effet, que ces derniers ont fixé, dans leurs nombreuses œuvres homilétiques et exégétiques, une foule de tradi­tions apostoliques, pseudépigraphiques et patristiques, dont certaines n'ont plus d'équivalents connus de nous. A ce titre, leurs œuvres méri­teraient un examen particulier.

 

Et voici une illustration de ce que le thème susdit n'était pas l'apanage de Narsaï ; on trouve en effet chez le prêtre nestorien, de langue grecque, Cosmas Indicopleustès (VIe siècle), le texte suivant (55):

 

«Voici Élie, le premier des hommes qui montra aux hommes à courir à travers les cieux, le premier des hommes qui a démontré que la route des anges et des hommes est une; lui qui avait reçu la terre pour demeure, il parcourt le ciel tout entier ; mortel, il rivalise avec les immortels; lui qui marchait sur la terre, tel un esprit, il plane dans le ciel avec les anges (...) Élie, homme de longue vie, sans vieillesse, stratège gardé en réserve contre l'Antéchrist, qui s'opposera à lui, con­fondra sa fourberie et son orgueil, et ramènera à Dieu, lors de la con­sommation des siècles, tous les hommes égarés par sa séduction. Voici celui qui est jugé digne d'être le précurseur de la deuxième glorieuse venue du Seigneur Christ !...».

 

De même, trois siècles plus tard, Isho‘dad de Merw (IXe siècle), le savant évêque nestorien de Hedatta, commentant 2 Rois 2, 11, déclare à propos d'Élie:

 

«Les mots: 'Des chevaux et un char de feu', à cause de l'ardeur et du zèle (d'Élie), et parce qu'il aura à combattre l'armée de feu de l'Antéchrist» (56).

 

 

B. Isho‘dad de Merw

 

Souvent citée dans ces pages, l'œuvre de ce savant exégète nes­torien a pour nous l'immense avantage d'avoir bénéficié d'une édition soigneuse et d'une traduction précise, auxquelles ne manquent ni notes, ni remarques du plus grand intérêt, par les soins du Père Van den Eynde, de Louvain. Ceci pour l'Ancien Testament. Pour le Nouveau Testa­ment, nous disposons de l'édition (avec traduction en anglais par Gib­son) (57) du Commentaire qu'Isho‘dad lui a consacré.

 

Cette compilation, par son volume et par sa valeur intrinsèque, est un réservoir inépuisable de traditions, tant nestoriennes que patris­tiques; en outre, comme on y a déjà fait allusion, elle contient un nombre important d'emprunts à la littérature apocryphe et à la tradition rab­binique. Toutefois, son inconvénient est fonction inverse de ses avan­tages, à savoir: beaucoup de sources et fort peu de références.

 

Il reste que cette œuvre, véritable somme encyclopédique de l'exégèse, est indispensable, non seulement à la connaissance de l'her­méneutique nestorienne, mais à celle de l'historiographie et de l'exégèse bibliques en général. En particulier, on y trouve un luxe de détails (d'origine souvent inconnue) sur les événements, les personnes et les lieux du récit biblique, qui font de cette œuvre un véritable manuel d'étude du milieu biblique.

 

 

1. Textes

 

Élie est assez souvent évoqué chez Isho‘dad. Voici les principaux passages caractéristiques (sans revenir sur les trois déjà évoqués plus haut). Ils nous fournissent des renseignements précieux sur le 'profil' du prophète.

 

- Sur Dt 18, 15 (58) :

«Élie aussi est déclaré égal ou supé­rieur à Moïse en fait d'excellence, tant en raison des (actions inouïes) qu'il a faites et qu'il fera (encore), que parce qu'il a été préservé de la mort.»

 

- Sur 1 Rois 17, 1 (59):

«Les mots '(Élie), des colons de Galaad', C'est analogue à ce qui est dit de Halqana 'de la colline des guetteurs' (etc.). (L'Écriture) nomme (le prophète) '(un) des colons' (60) parce que les prêtres n'avaient pas de ville propre mais séjournaient dans les villes qui leur étaient désignées comme résidence, pour eux et leur famille. Car Élie était prêtre.»

 

- Sur Malachie 3, 22-24 (61): lso'dad n'hésite pas à présenter l'opinion adverse, forte de l'autorité d'Éphrem, quitte à la faire suivre de l'opinion des tenants du retour eschatologique d'Élie :

«Mais Mar Éphrem et d'autres docteurs appliquent le nom d'Élie à Jean le Baptiste. Car si c'était d'Élie le Tesbite que (Dieu) dit qu'il le leur enverra, il ne leur ordonnerait rien d'autre que d'observer la loi de Moïse jusqu'à la (seconde) venue du (Christ); mais si la loi n'est donnée à être observée que jusqu'à Jean, c'est ce dernier qu'il nomme ici Élie, en raison de ses reproches, de son zèle, de son genre de vie, etc., comme l'a dit Notre Seigneur : 'Voici, dit-il, Élie est venu et on ne l'a pas reconnu'; et l'ange à Zacharie: 'Lui-même', dit-il, 'marchera devant le Seigneur Dieu dans l'esprit et la puissance d'Élie le prophète', etc. Même Zorobabel, en effet, fut appelé David ; etc.

D'autres disent: par le fait qu'il a dit: 'son jour grand et redou­table', il est évident qu'il parle du dernier avènement (du Christ) et d'Élie le Teshbite. Par contre, son premier avènement se fit dans l'abais­sement, la grotte, la crèche, etc. : 'méprisé et déconsidéré des hommes', dit (l'Écriture) (...) Le Grec aussi dit 'Élie le Teshbite' au lieu d'Élie le prophète'».

 

Enfin, nous trouvons, dans le commentaire de Isho‘dad sur l'Épître aux Romains (Rm 11, 17-28), ce passage intéressant (62):

 

«Quel est donc le mystère? Cet endurcissement de cœur est sur­venu à Israël 'pour un temps'. Il veut dire qu'ils ne resteront pas indé­finiment étrangers à Dieu, mais un temps viendra où ils confesseront la vérité, quand tous les hommes auront reçu l'enseignement de la religion. En fait, il annonce le temps de l'avènement d'Élie. Et qu'en résultera-t-il' ? 'Alors tout Israël sera sauvé', c'est-à-dire tous les Juifs qui ont, par nature, affinité de race avec Israël; alors, dit-il, en ce temps-là ils retourneront tous à Élie comme à leur propre prophète, et par son entremise ils s'approcheront de la foi au Christ...»

 

 

2. Analyse des thèmes

 

Il est clair que Isho‘dad ne ménage pas sa peine pour établir le portrait minutieux d'Élie. Son appartenance sacerdotale (que nous n'avons étayée que d'une citation, ici) est plusieurs fois affirmée et même prouvée.

 

En outre, on note, chez Isho‘dad, une grande sensibilité au rôle eschatologique d'Élie ; avec les opinions de Théodore et Théodoret qu'il rapporte (voir plus haut), et la sienne propre (mentionnée ci-dessus), nous avons de lui six affirmations du rôle eschatolo­gique d'Élie, ce qui n'est pas négligeable.

 

 

3. Synthèse

 

Nous constatons, une fois de plus, la richesse et l'importance de la tradition syriaque nestorienne pour l'interprétation de l'Écriture, en général, et pour le thème du retour eschatologique d'Élie, en par­ticulier.

 

Il n'a pas été possible de citer ici in extenso plusieurs passages, fort riches en détails concrets dont l'origine nous échappe, et auxquels, autant que je sache, nous ne connaissons pas de parallèles, tant dans la littérature chrétienne que dans la rabbinique.

 

Nous avons déjà évoqué le poids probable de la tradition apo­cryphe. En l'absence d'une monographie sérieuse sur le sujet, il va de soi que toute conclusion hâtive serait prématurée, mais il reste que la chose paraît plus que vraisemblable. Pour ce qui est des traditions concernant Élie, le phénomène ne devrait pas étonner ; en effet, nous voyons que, déjà du vivant de Jésus, un certain nombre de 'critères' messianiques étaient admis par les scribes et les pharisiens, et pourtant ils ne figurent tels quels dans aucun écrit biblique, fût-il apocryphe. Par exemple, la triple question adressée à Jean le Baptiste par les prêtres et les lévites (Jean 1, 19) est une preuve de l'existence de 'schémas' véhiculés par une tradition orale tenace.

 

L'ordre des personnages attendus pour le temps de la Fin était clair et infrangible : le prophète [cf. Jn 1, 21], Élie, le Messie. Jean le Baptiste, on le sait, ne se reconnaissait dans aucune de ces trois fonctions. La tradi­tion chrétienne, elle, embarrassée par les affirmations contraires de Jésus et leur allure ambiguë et mystérieuse, s'y reconnaissait encore moins. Enfin, les nestoriens, on vient de le voir, forts d'une tradition beaucoup plus sûre d'elle que la grecque (même si ses sources sont précisément grecques! à savoir, entre autres, Théodore et Théodoret), n'avaient pas de ces tergiversations et faisaient confiance au prophète Malachie plutôt qu'à Ephrem, si vénéré soit-il ! (voir, ci-dessus, note 61).

 

 

 

IV. CONCLUSION GÉNÉRALE

 

 

Dans les pages précédentes, j'ai effectué une revue - sommaire, certes, mais assez représentative, me semble-t-il - des principales con­ceptions, tant juives que chrétiennes, du rôle eschatologique d'Élie.

 

Il en ressort qu'au-delà de détails plus ou moins pittoresques et ori­ginaux, il reste un noyau très  cohérent de traditions, dont on peut dégager les lignes de force suivantes:

 

  • La typologie biblique d'un Élie zélé pour l'orthodoxie reli­gieuse, violent dans sa colère, intrépide dans sa foi, et doté de pouvoirs surnaturels - bénéfiques ou maléfiques, selon les nécessités de la mission de prophète. Cette typologie constitue l'arrière-plan fondamental et la trame indestructible de maintes spéculations postérieures, tant juives que chrétiennes, sur le rôle d'Élie.
  • En christianisme, cette typologie se renforce de celle de Jean le Baptiste, dont la description par l'ange Gabriel (à en croire l'Évan­gile) rappelle indéniablement Élie : «Car il sera grand devant le Seigneur ; il ne boira ni vin ni boisson forte ; il sera rempli d'Esprit Saint dès le sein de sa mère et il ramènera de nombreux fils d'Israël au Seigneur leur Dieu. Il marchera devant lui avec l'esprit et la puissance d'Élie, pour ramener le cœur des pères vers les fils et les rebelles à la prudence des justes, préparant au Seigneur un peuple bien disposé.» (Lc 1, 15-17).
  • Tant chez les Juifs que chez les chrétiens, la croyance en un retour d'Élie était fort répandue. Si la chose allait de soi pour les Juifs, il n'en était pas de même pour les chrétiens. Sur ce point controversé, l'Église n'a jamais tranché de manière autoritaire. Nous l'avons vu (62), l'embarras des Pères sur cette question d'un retour éventuel d'Élie est compliqué par l'affirmation de Jésus, selon laquelle Jean le Baptiste est «cet Élie qui doit venir» (Mt 17, 10-13 et parallèles). Toutefois, il semble bien que le consensus général des fidèles (qui sera invoqué explicitement par certains Pères, tel Augustin (63), incline, de façon déterminante, en faveur d'une croyance en ce retour eschatologique d'Élie.
  • Pour ce qui est du rôle d'Élie comme 'convertisseur' du peuple juif, il serait trop facile d'affirmer qu'au moins sur ce point, toute influence juive est à écarter. Je pense, au contraire, que ce n'est que sur la base de spéculations juives concernant le rôle de convertisseur du peuple juif - au sens traditionnel de l’expression hébraïque, teshouvah, qui se retrouve dans l’expression du Nouveau Testament – « baptême de repentance » (cf. Mc 1, 4 = Lc 3, 3 ; A, 13, 24 et 19, 4) - qu'a pu se faire jour une telle conception, apparemment entièrement chrétienne et dénuée de toute racine judaï­que.
  • En effet, nous avons vu plus haut (dans la Partie I consacrée à l'étude du retour eschatologique d'Élie dans la littérature rabbinique), qu'Élie a un rôle décisionnaire et cultuel fort net : il tranche, il décide du pur et de l'impur, il rétablit la paix entre les Israélites et résout les questions dogmatiques pendantes. En outre, il «réveille» son peuple, l'amène à une «grande pénitence». La Rédemption d'Élie est comparée à celle de Moïse, mieux: elle est définitive. Enfin, outre qu'il utilise ses pou­voirs thaumaturgiques pour sauver et même ressusciter des morts, Élie fait partie du groupe des quatre personnages eschatologiques que le Talmud Sotah nous présente comme correspondant aux quatre forgerons (destructeurs) de Zacharie 2, 2, qui abattent les puissances maléfiques coalisées contre Israël.
  • Un simple coup d'œil sur les spéculations chrétiennes examinées dans les Parties II et III du présent article, consacrées à l'image escha­tologique d'Élie, vue par les Pères de l'Église et les écrivains chrétiens, nous convaincra rapidement qu'à l'exception de l'aspect «décision­naire» halachique, ce sont précisément ces thèmes qui ont servi de trame aux déductions chrétiennes, spécialement celles qui voient dans Élie l'artisan de la conversion du peuple juif au Christ (= Jésus), à la fin des temps.
  • Il suffisait d'ajouter la connotation chrétienne - ou plus exactement christologique - à cette conversion eschatologique que les sources juives elles-mêmes mettent au crédit d'Élie, pour christianiser un thème juif profondément enraciné dans la tradition aggadique. Et ceci avec d'autant plus d'aisance, que maintes interprétations juives sur ce rôle de réformateur eschatologique, prévu pour Élie, se référaient à Malachie 3, comme c'est d'ailleurs naturel.
  • Qu'on me comprenne bien. Je ne prétends pas que, sans 'l'aide' de la tradition juive, les docteurs chré­tiens n'en seraient jamais venus à de telles conceptions du rôle escha­tologique d'Élie. Il est bien évident que, tant la prophétie de Malachie que l'imagerie d'Élie, égorgeur des prêtres de Baal, et les "ascensions" d'Élie apocryphes, sans parler de la typologie de Jean le Baptiste déjà évoquée, constituaient autant de facteurs propédeutiques à ce profil eschatologique Élie comme convertisseur et champion de Dieu contre l'Anté­christ. Ce que je veux dire est ceci: c'est précisément parce que les rabbins avaient fait d'Élie le personnage-clé de leur eschatologie à eux (c'est-à-dire la venue des temps messianiques sur la terre, et non la 'fin du monde' ou même celle 'des temps'), que les chrétiens, sans aucun doute dans un but de polémique ou, à tout le moins, de concur­rence confessionnelle - bien compréhensible, au demeurant – en vinrent à cristalliser sur Élie toutes les vertus nécessaires à cette tâche eschatologique tant attendue (sur la foi de l'auteur de l'Épître aux Ro­mains) : la conversion finale du peuple juif, le re-verdoiement de l'oli­vier franc.
  • Ajoutons à ces constatations un élément qu'il est, certes, difficile de cerner avec précision, mais qui semble certain, à savoir : l'élément d'origine juive au sein de l'Église dans les premiers siècles. Il ne fait guère de doute que ces convertis, dont certains devaient être fort versés dans les Écritures juives, tant canoniques qu'apocryphes, ont dû fortement contribuer à répandre et à acclimater, au cœur de la réflexion christologique de la jeune Église, des thèmes qui ne pouvaient que venir à la rencontre des aspirations apologétiques et missionnaires chrétiennes. Cet Élie dont l'esprit avait animé Jean le Baptiste - l'artisan de 'la première conversion des Juifs aux temps du Jésus historique, et le Précurseur tué d'un Messie tué, lui aussi -, cet Élie-là devait, sans aucun doute, accomplir la prophétie de Malachie, et revenir triompha­lement, à la fin des temps, rééditant, à l'échelle planétaire, les prodiges de ses miracles et de sa prédication de feu au temps du roi Achab, ouvrant ainsi la voie au retour, glorieux et définitif, du «vrai Messie» ressuscité, Jésus (64).

 

Ainsi donc, il apparaît - de façon convaincante, semble-t-il - que c'est, une fois de plus, au trésor inépuisable de la tradition juive la plus vivante qu'a puisé la jeune Église pour composer sa typologie escha­tologique du Salut par le Messie, précédé de son Précurseur.

 

L'Évangile fournissait la typologie historique et spirituelle (65), l'Apocalypse de Jean, la phraséologie et l'imagerie eschatologiques, tandis que les Écritures et la Tradition juive restaient le terreau, sûr et fécond, sur lequel s'enracinait la réflexion religieuse et théologique du peuple qui n'était 'pas un peuple' (cf. Os 1, 9 ; 2, 1 : Rm 9, 25-26 ; 1 Pi 2, 10), mais qui - fort de, l'assurance de Dieu, par la bouche d'Osée - «J'ai dit à 'Pas-Mon-peuple' tu es Mon peuple» - s'efforçait de trouver son identité et sa vocation propres, le plus souvent, il faut bien le reconnaître, à la façon un peu tumul­tueuse de l'adolescent qui s'affirme en rejetant père et mère.

 

 

Menahem Macina

 

 

NOTES

 

* Version revue et corrigée d’un article paru initialement, sous le titre "Le rôle eschatologique d’Élie le prophète dans la conversion finale du peuple juif", dans Proche Orient Chrétien (POC), t. XXXI (1981), pp. 71-99.

 

1) J'ai consacré à cette question une étude spécifique intitulée "Jean le Batiste était-il Elie? Examen de la tradition néotestamentaire", paru dans Proche-Orient Chrétien (POC), t. XXXIV (1984), pp. 209-232, qui examine le problème exclusivement à la lumière des textes néo-testamentaires eux-mêmes.

2) Le Messie souffrant dans la littérature rabbinique, Librairie Orientaliste Paul Geuthner, Paris, 1939.

3) Élie le Prophète, Études Carmélitaines, 2 tomes, Desclée de Brouwer, Paris 1956.

4) The Prophet Elijah in the Development of Judaism, Routledge & Kegan Paul, London, 1978.

5) M. Stone, J. Strugnell, The Books of Elijah, Parts 1-2, Scholar Press, 1979. Ce livre recense et cite, dans leur texte original (avec une excellente traduc­tion anglaise), les divers textes concernant les légendes élianiques, depuis l'époque hellénistique jusqu'au Moyen-Âge. Son but est, évidemment, différent de celui du présent article, mais, pour quiconque est intéressé par tout ce qui concerne ce prophète, il est indispensable. De plus, il est équipé d'une excellente bibliographie (voir sur­tout pp. 5-7).

6) Midrash Seder Olam, Reproduction photostatique de l'édition de Ratner et notes de S. K. Mirsky. The Talmudical Research Institute N. Y., 1966. Chap. 17, p. 71.

7) Dans le Talmud de Babylone Eduyot (à la fin du traité), on trouve la version: «faire la paix entre eux».

8) Fin du ch. 43. Édit. Eshkol - J. Weinfeld & Co., Jérusalem, 1973, p. 168.

9) Appelé aussi Shoher Tov. Reproduction de l'original de Vilna, Édit. Wagshal, Jérusalem, 1977, p. 39 (sur Psaumes 3, 7).

10) C'est-à-dire que tant la prophétie que l'Esprit Saint sont en sommeil, en ce qui la concerne (cf. Os 3, 4).

11) Intitulé Midrash Zuta al Shir Ha-Shirim, Ruth, Eicha we-Kohelet, Édit. Buber, 1895. Nouvelle impression Tel-Aviv (sans indication de date ni d'éditeur), Parasha 5, 2 (p. 31).

12) Cité d'après la traduction de R. Le Déaut, Targum du Pentateuque, T. IV; Deutéronome; Cerf, Paris, 1980, p. 267.

13) Tous les mots soulignés dans les citations le sont par mes soins, afin de mettre en valeur les éléments utiles.

14) Édit. M. Friedmann, Vienne, 1880. Réimpression, Tel-Aviv, 1963, p. 13 (Parasha Be-Yom Ha Shemini, ch. 4).

15) Op. cit. p. 35 (voir ci-dessus, n. 11), Parasha 7, 14.

16) Entre autres: a) Batei Midrashot, S. A. Wurtheimer, 2 Vol., Nouvelle Édit. (A. I. Wurtheimer), Édit. Mosad Ha Rav Kook, Jérusalem, 1950; b) Beit Ha Midrash, A. Jellinek, 2 Vol., (6 livres), Édit. Wahrmann Books, Jérusa­lem, 1967; c) Beit-'Eked Ha-Aggadah appelé aussi Kovets Midrashim Ketanim, 2 Vol., H.M.H. Halevi, Frankfurt/M. et Berlin, 1881. Réimpression-Photo, Jérusalem, 1967, etc. Très utile également, à cause de l'importance et de l'originalité des maté­riaux aggadiques, est le Midrash Bereshil Rabbati, de Moïse le Prédicateur (Moshe Ha-Darshan), XIe siècle. Édit. critique (hébr.) de H. Albeck, Éd. Mekize Nirdamim, Jérusalem, 1940 (réimpression, Jérusalem, 1967, Mosad ha-Rav Kook). On consultera également, avec un certain profit, J. J. Brierre-Narbonne, Le Messie souffrant, op. cit. (cf. ci-dessus, note 2). Enfin il convient de savoir qu'un midrash entier met en scène Élie qui est, en quelque sorte, l'inspirateur de l'œuvre et dont la présence, tout au long du livre, ne se dément pas ; il porte d'ailleurs son nom: Seder Eliahou Rabha et Zuta, Édit. critique M. Friedmann, Vienne 1904. Réimpression Sifrei Wahrmann, Jérusalem, 1969.

17) Voir 'Sefer Zerubabel', midrash datant du Moyen-Âge, Édit. Jellinek, Beit Ha Midrash, op. cit., Vol. I, livre 2, pp. 56-51.

18) Toutefois, voir Jean 16, 16: « Encore un peu de temps et vous ne me verrez plus et puis encore un peu de temps et vous me verrez.»

19) Cette fonction eschatologique de «décisionnaire» suprême en matière de loi rituelle ou d'exégèse peut sembler étrange à un non-Juif ; elle est parfaitement cohérente pour la tradition rabbinique, pour laquelle il n'y a pas de différence entre l'époque du Messie et la nôtre, sinon qu'on y jouit d'une paix totale et qu'Israël est délivré du joug des nations. Pour cette tradition, il est donc évident que la Torah et toutes les pratiques qui en découlent seront en vigueur au moins jusqu’à la résurrection finale. D'où l'habitude de laisser à Élie le soin de trancher, à la fin des temps, les cas rituels inextricables sur lesquels les Sages n'ont pu se mettre d'accord, ou les exégèses controversées. Par exemple, R. Meir, ne sachant quelle conduite adopter à l'égard d'un surplus d'argent pour lequel la Halacha ne fournit pas d’indication claire, «est dans le doute et ne peut décider si le surplus lui appartient ou non, c'est pourquoi on ne doit pas y toucher jusqu'à ce que vienne le prophète Élie» (Talmud de Babylone Sanhe­drin 48a). Comparer avec 1 Ma 4, 44-46.

20) Rappelons qu'une tradition très forte du judaïsme primitif prévoyait, outre celle du Messie de David, la venue conjointe d'un grand prêtre. Cette tendance se reflète dans nombre d'écrits sectaires (Pseudépigraphes - Manuscrits du désert de Juda, etc.). Sur l'appartenance d'Élie à la tribu sacerdotale (déjà évoquée ici, citations 6-7), les témoignages sont formels. Ils émanent de sources juives (rabbini­ques et pseudépigraphiques), et on en trouve l'écho dans des écrits chrétiens. Pour les sources rabbiniques, voir A.S. Van der Woude, Die Messianischen Vorstellungen der Gemeinde von Qumran, Assen 1957, pp. 60-61, 228; et surtout H. Strack und P. Billerbeck, Kommentar zum neuen Testament aus Talmud und Midrash, pp. 462-465. Dans ces références, on évoque même l'identification Élie=Pinhas, ce dernier étant, lui aussi, évoqué comme figure sacerdotale et eschatologique (cf. Targum de Jéru­salem sur Ex 4,13 et Nb 25, 12). Côté chrétien, on trouve, chez le nestorien Isho‘dad de Merw (IXe s.) l'affirmation que Jean le Baptiste et Élie étaient prêtres (voir The Com­mentaries of Ishodad of Merw, Ed. and transl. by M.D. Gibson, Horae Semiticae, N° V, Vol. 1. Cambridge, 1911, sur Luc 1, 16, pp. 147-148).

21) Selon certaines traditions, le Messie Fils de Joseph – dont l’identité est discutée - viendra avant le Messie Fils de David et est destiné à mourir. Sur ce sujet, voir nombreuses références et citations dans J.J. Brierre-Narbonne, Le Messie souffrant dans la littérature rabbinique, op. cit. (voir note 2, ci-dessus).

22) L’identité de ce personnage est inconnue. D'après Rachi, ad locum, il s'agit de Sem qui est identifié à Melchisédech. C'est ce qui ressort de Bereshit Rabba 44, 7 (sur Gn 15, 1). Voir Strack und Billerbeck, Kommentar zum N.T., op. cit., p. 453, n. 2, et p. 464.

23) Commentaire d'Isho‘dad de Merw sur l'Ancien Testament. Éd., trad. C. Van den Eynde, CSCO 156/Syr 75, Louvain 1955, T. 1 Genèse, trad. p. 139, texte p. 129, lignes 16-17 «...car assurément, le premier roi et le prêtre juste (Kahna Zadiqa), savoir Nemrod et Melchisédech, sont issus de la race de (Canaan).»

24) Derekh Eretz Zutha, 1 : «Neuf (personnes) sont entrées vivantes au Paradis: Hénoch, Élie, le Messie, Éliézer le serviteur d'Abraham, Hiram roi de Tyr, 'Ebed Melekh le Cushite, et Jabets fils de Juda le prince, et Batiya fille de Pharaon, et Serah fille d'Asher.» (Voir aussi, avec quelques variantes dans les noms: Midrash Ma'asé Thora, Jellinek, A., Beit Ha Midrash, Wahrmann books, Jerusalem 1967, 2e partie, p. 100).

25) «Élie le Prophète, le Tishbite, le Gileadite, viendra bien vite avec le Messie fils de David.»

26) A distinguer du consensus de la chrétienté, évoqué plus haut, et attesté par Saint Augustin (op. cité).

27) Traduit en anglais dans New Testament Apocrypha, Vol. 2, éd. W. Schneemelcher, West­minster Press, Philadelphia, 1963, p. 669.

28) Pour que chacun puisse juger par lui-même de notre traduction, voici la traduction anglaise plus complète de N.T. Apocrypha (ibid.): «...Even as a man hath planted a fig-tree in his garden and it brought forth no fruit, and he sought its fruit for many years. When he found it not, he said to the keeper of his garden 'Uproot the fig-tree that our land may not be unfruitful for us.' And the gardener said to God 'We thy servants (?) wish to clear it (of weeds) and to dig (Lk. 13:6 ss.) the ground around it and to water it. If it does not then bear fruit, we will immediately remove its roots from the garden and plant another one in its place.' Hast thou not grasped that the fig-tree is the house of Israel ? Verily, I say to you, when its boughs have sprouted at the end, then shall deceiving Christs come (Mk 13:22 & par.) and awaken hope (with the words): 'I am the Christ' (Mt. 24:5) who have (now) come into the world.' And when they shall see the wickedness of their deeds (even of the false Christs), they shall turn away after them and deny him to whom our fathers gave praise (?) the first Christ whom they crucified and thereby sinned exceedingly. But this deceiver is not the Christ.».

(29) On trouve aussi, chez Victorin, une curieuse interprétation des 144.000 qui suivent l'Agneau, dans l'Apocalypse de Jean. Pour l'écrivain ecclésiastique «ce sont certainement ceux d'entre les Juifs qui, dans les derniers temps, viendront à la foi grâce à la prédication d'Élie ; l'Esprit atteste qu'ils sont vierges non seulement de corps, mais aussi de langue. » (Victorin de Poetovio, Sur l'Apocalypse et autres écrits, VII, Édit. M. Dulaey, Sources Chrétiennes n° 423, Cerf, Paris, 1997, p. 115).

30) K. Staab, Pauluskommentare aus der griechischen Kirche, Münster, 1933, p. 104.

31) C'est l'opinion de la majeure partie des spécialistes: Vööbus, Levene, Jansma et Van den Eynde. Ce dernier auteur ne manque pas d'étayer le fait par ses fréquentes notes et ses tableaux synoptiques ; voir surtout Commentaire d'Isho‘dad de Merw sur l'A.T., T. IV Isaïe et les douze, C.S.C.O. 304/129, Louvain 1969, p. XII à XVII.

32) Commentaire d'Isho'dad de Merw sur l'A. Testament, T. IV, Isaïe et les douze, op. cit., p. 179. Cf. Théod. de Mopsueste sur les Psaumes, Commentarius in Oseam, etc., Migne, PG LXVI, col. 632 A9-C3.

33) Cité d'après le Commentaire d'Isho‘dad de Merw sur l'A.T., T. V Jérémie, Ezéchiel, Daniel, C.S.CO. 329/147, Louvain 1972, p. 153.

34) On constate, une fois de plus, que le retour d'Élie et d'Hénoch était un événement attendu par les premières communautés chrétiennes, sans doute sur la foi de traditions orales anciennes recueillies par les presbytres, ou sur la base de spéculations ésotériques. Un bon nombre d'écrivains chrétiens voient, dans les deux témoins d'Ap 11, 3 ss., Hénoch et Élie.

35) Voir l'expression similaire «Le peuple et les peuples», analysée, plus bas, note 49.

36) Sur ce qui reste des Apocalypses d'Élie (éditions, traductions, études, etc.) et sur les écrits perdus concernant ce prophète, consulter surtout A.M. Denis, Introduction aux Pseudépigraphes Grecs d'Ancien Testament, Leiden-Brill, 1970, pp. 163-170. Rosenstiehl a traduit en français et étudié l'Apocalypse copte d'Élie, voir J.M. Rosenstiehl, L'Apocalypse d'Élie, dans la collection Textes et Études pour servir à l'Histoire du judaïsme intertestamentaire, dirigée par M. Philonenko. T. I, P. Geuth­ner, Paris, 1972. A signaler également qu'il existe une Apocalypse d'Élie en hébreu rabbinique. Édit. et trad. allemande par M. Buttenwieser, Die hebraische Elias­ Apokalypse, Leipzig, 1897. Texte hébreu pp. 15-26; trad. pp. 61-67. Consulter également The Books of Elijah, de Stone et Strugnell (op. cit., ci-dessus, n. 5).

37) A. Levene, The Early Syrian Fathers on Genesis, London, 1951 ; T. Jansma, «Investigations into the early Syrian Fathers on Genesis. An approach to the exegesis of the Nestorian Church and to the comparison of Nestorian and Jewish exegesis», dans Oudtestamentische Studien XII, Leiden (1958), pp. 69-181.

38) Il n'est malheureusement pas possible d'étayer ici, par des exemples, cette mienne certitude qui découle de la fréquentation des sources et d’études personnelles. Disons, pour faire bref, que le vaste commentaire de l'A.T. d'Isho‘dad, par exemple, présente maints thèmes et détails légendaires fort consonants avec ce que l'on trouve, entre autres, dans la Leptogenèse, ou Livre des Jubilés (ce dernier nommément cité par Isho‘dad, voir Commentaire d'Isho‘dad de Merw sur l'Ancien Testament, CSCO 230/Syr. 97, Louvain 1963, Vol III, trad. pp. 121, 319), et avec les livres d'Hénoch et diverses Apocalypses apocryphes. Certes il n'est pas évident que ces parallèles soient le fruit d'une utilisation directe des matériaux pseudépigraphiques ou apocry­phes ; ils ont pu, en effet, être empruntés à certains passages des Pères de l'Église, ou à des compilations plus tardives ; reste qu'ils sont la preuve d'un intérêt fort vif et persistant pour ce genre de traditions. La chose demanderait une étude particulière.

39) Voir, ci-dessus, n. 20.

40) Il s'agit de l'Homélie 34, sans titre. Elle porte le numéro 19 dans le texte édité: Narsai doctoris homiliae et carmina, édit. A. Mingana, Mossoul, 1905, T. I. On fait allusion ici au passage qui s'étend de la p. 315, ligne 2, à la p. 317, ligne 15. Texte traduit en français par Ph. Gignoux, dans son étude intitulée "Les doctrines eschatologiques de Narsaï", O.S. 11 (1966), pp. 348-352.

(41) 3, 19, 20 et passim. J.M. Rosenstiehl, L'Apocalypse d'Élie, op. cit., p. 100 et passim.

42) Extrait de l'Homélie 34 (Mingana, op. cit. I, p. 320 lignes 1 à 19). Gi­gnoux, «Les doctrines eschatologiques de Narsaï», op. cit., pp. 342-343. Noter que, selon Gignoux, Narsaï a composé cinq homélies spécialement consacrées à l'escha­tologie, dans lesquelles Élie tient, comme il se doit, une place importante. On en trouvera la liste détaillée avec références, dans l'article cité, pp. 322-323.

43) Sur cette expression, voir, ci-après, note 60.

44) Hom. 51 (inédite), fol. 139, ligne 17 à 141, ligne 14, voir Gignoux, art. cit., pp. 339-340.

45) Art. cit. pp. 340-341.

46) Éditée par Mingana, op. cit., 11, p. 4, ligne 6, à p. 5, ligne 3.

47) Cf. Victorin de Pettau («rappeler les Juifs vers le peuple qui leur a succédé»), et Théodoret, cités plus haut.

48) A noter que la Bible de Jérusalem traduit par «adeptes», supposant ainsi que Jésus fait allusion aux exorcismes rabbiniques - fréquents, il est vrai, et­ attestés, tant dans les sources rabbiniques que dans les chrétiennes.

49) C'est, en fait, une tradition ancienne : on en trouve de fréquents échos dans l'Hellénisme, chez les Pères et, bien entendu, dans le judaïsme. Le disciple des Sages juifs est non seulement considéré comme un fils par son maître, mais sou­vent, ce dernier l'appelle ainsi : mon fils. Cf. Paul, 1 Cor. 4, 15 ; Philémon 10. D'ailleurs, c'est bien ainsi qu'Isho‘dad comprend la phrase de Malachie 3, 23, en commentant Mt 12, 27 : «Cette parole: 'Il ramènera le cœur des pères vers les fils' (signifie qu') il appelle pères ceux qui étaient antérieurs en matière de doctrine, et enfants ceux qui sont aux rangs de disciples, comme a dit notre Seigneur: 'Vos fils, par qui les chassent-ils' (les démons) ? C'est-à-dire les Apôtres» (The Commentaries of Isodad of Merw, op. cit., Vol. I, transl. I. p. 148).

50) L'expression semble remonter à une ancienne exégèse, dont j'ignore l'origine. Elle est déjà présente chez Aphraate (16ème Démonstration) à propos des «peuples (gentils) qui remplacent le peuple» (Juifs). On trouve deux autres exemples frappants de cet usage, chez Isho‘dad : (a) Sur Amos 1, 1 (Commentaire d'Isho‘dad de Merw sur l'Ancien Testament, op. cit. Vol. IV, trad. p. 105). On nous dit que la prophétie avait été retirée à tous les prophètes sauf à Amos, auquel «il fut ordonné d'aller prophétiser à Béthel, du côté des peuples' d'alentour. La raison: parce que, quand les peuples et le peuple virent que la prophétie était refusée, tous les deux se réjouirent etc. (…) C'est pour­quoi il fut ordonné à (Amos) de prophétiser au sujet du malheur (...) qui viendrait sur les peuples de la part du peuple et sur le peuple de la part des Assyriens, etc...». (b) Il est dit de Jésus que, comme Jérémie, il était sanctifié depuis le sein de sa mère, et «enseignait le peuple et les peuple, en même temps». (Sur Mt 16, 13,14. The Commentaries of Ishodad of Merw bishop of Hedddata, ed. M.D. Gibson, dans Horae Semiticae, Vol. I, trad. p. 65ss).

51) 1 Rois 19, 10.

52) Ibid.

53) Le Père P. Ternant, de la Maison des Pères Blancs de Jérusalem, m’a suggéré qu'on pourrait voir une allusion à Is. 11, 4: «du souffle de ses lèvres il fera mourir le méchant» (cf. aussi 2 Th 2, 8). Le parallèle est, en effet, séduisant, mais le texte d'Isaïe concerne le Messie, et lui exclusivement. Le P. Ternant propose aussi un parallèle avec Ep 6, 16-17: «Ayez toujours en main le bouclier de la foi, grâce auquel vous pourrez éteindre tous les traits enflammés du Mauvais; enfin, recevez le casque du salut et le glaive de l'Esprit, c'est-à-dire la Parole de Dieu.» Et ceci me parait plus convaincant, surtout «le glaive de l'esprit», qui correspond fort bien à «l'arme spirituelle dont l'Esprit équipera l'homme charnel, selon Narsaï.

54) Allusion possible au carnage des soldats d'Achab, que fait Élie, cf. 2 R 1, 10.

55) Topographie chrétienne, Livre V, 140, Traduction W. Wolska, T. II, Sources chrétiennes 159, pp. 202-204. (L'influence de Narsaï sur Cosmas n'est pas à exclure).

56) Commentaire d'Isho‘dad de Merw sur l'Ancien Testament, III, livre des Sessions, trad. C. Van den Eynde, in CSCO 230/Syr 97, p. 153. Je fais mienne la pertinente remarque du traducteur (Ibid. n. 8) : «Il se pourrait que la dernière raison dépende, directement ou indirectement, de l'Apocalypse d'Élie, apocryphe perdu qui racontait la lutte entre Élie et l'Antéchrist.»

57) Voir référence ici, sous la note 50.

58) Commentaire d'lsho'dad de Merw sur l'A,T., vol. II, trad. p. 168.

59) Ibid., III, trad. p. 138.

60) En syriaque, tawtaba, que l'on peut traduire: colon, résident, pèlerin (en, hébreu 'toshav'), c'est-à-dire le contraire de l'autochtone. Cette précision d'Isho‘dad nous aide ainsi à comprendre l'étrangeté du qualificatif par lequel Narsaï s'obstine, le plus souvent, à nommer l'Élie eschatologique : 'le fils des résidents' (et non 'le fils des étrangers' comme traduit Gignoux, art. cité p. 338). Cette appellation figure aussi chez Jacques de Sarug, Homél. 56, 10: 'Ella Bar Tawtave' (cf. Payne Smith, col. 1647). Gignoux (Ibid. n. 59) précise que cette appellation est tirée de 1 Rois 17, 1, mais ne découvre pas la fine pointe de l'expression. Il me semble que tant Narsaï que J. de Sarug, jouent tous deux sur le sens du mot et son emploi exprès par Malachie dans sa prophétie selon la version des Septante: «Voici que je vous envoie Élie le Tishbite». Il semble que, par cette mention expresse du titre Tishbite (avec, peut-être, un jeu sur les mots: 'de Tishbé' ou 'résident'), les commentateurs qui suivaient la Septante (c'est le cas de Théodore de Mopsueste cité par Isho‘dad, d'Isho‘dad lui-même, et de J. de Sarug, cités plus haut) respectaient à la fois la lettre du texte sacré et l'origine du mot, en insistant sur le sacerdoce d'Élie. (Cf. Isho‘dad, Commentaire de l'A.T., t. III, trad. p. 49, où, pour prouver que Samuel, évoqué comme étant «de la Montagne d'Éphraïm», était prêtre, on explique: «Cela ne veut pas dire qu'il était de la tribu d'Éphraïm, mais c'est là, veut-on dire, que le sort l’avait assigné pour exercer le ministère sacerdotal (...) C'est analogue à : Élie des Colons de Tasbi»).

61) Commentaire d'Isho‘dad de Merw sur l'A.T., Op. cit., T. IV, trad. pp. 179-180.

62) Commentaries of lshodad of Merw..., op. cit., Vol. V, part II, transl. p. 17.

63) Voir, plus haut, Introduction.

64) C'est en somme, à peu de choses près, l'opinion de Narsal, dans le texte cité ci-dessus.

65) Il me parait significatif que la tradition chrétienne nous présente Élie (avec Moïse) aux côtés de Jésus transfiguré (Mt 17, 3.4). L'intention typologique et apologétique ne semble pas faire de doute : Élie et Moïse, ces deux colonnes de la foi juive, souvent associés et comparés l'un à l'autre dans le Midrash, témoignent, par leur présence aux côtés de Jésus transfiguré, de la glorification à venir de ce Messie méconnu : Jésus, et de son Retour dans la Gloire.

 



23-07-2006 | Commentaires (2) | Public
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